Mon mari adoré a soutenu sa thèse. J’ai donc enfin la chance de partager ma vie avec un docteur qui ne va pas tarder à reprendre sa vie de patachon. Il faut dire que depuis le début de l’année, Snooze s’est brutalement assagi. Terminées les sorties en semaine (exception faite de la pause radio/Homomicro du lundi soir), les virées entre potes, les soirées passées devant ses consoles de jeux ou les brunchs dominicaux. Mon cher et tendre a même pris l’habitude de se coucher avant moi. Cette manie a fini par me poser quelques problèmes organisationnels car je ne supporte pas le contact physique dans un lit. J’ai ainsi réussi à imposer une taille minimale de matelas (160 cm), et espère rapidement transformer l’essai en achetant prochainement un lit king size. Jusqu’ici, je me couchais, m’endormais rapidement dans un coin du lit et Snooze me rejoignais en ayant pour consigne de squatter le côté opposé. Depuis quelques semaines, je le retrouve systématiquement entouré de gros coussins, la bouche ouverte, mi-sèche, mi-baveuse au centre du lit. Ma seule option était donc de rebrousser chemin et annexer le canapé. Mais cette période est maintenant révolue et j’ai retrouvé le confort du lit conjugal.
La soutenance fut longue mais enrichissante. Deux choses m’obsédaient. (i) J’avais mis au congélateur les bouteilles de Champagne et les jus de fruits pensant bêtement que la présentation et les questions du jury n’allaient pas durer plus d’une heure. Nous sommes finalement restés près de deux heures dans la salle, et (ii) Snooze portait une horrible chemise que je me suis juré de brûler le week-end prochain. Côté victuailles, j’ai refusé de passer par un traiteur et ai passé mon après-midi à cuisiner une centaine de cannelés sucrés et salés, des tartelettes au chèvre et mes fameux cookies au beurre de cacahuète. J’avais pensé aux enfants en achetant deux kilos de bonbons. N’ayant aucune voiture à ma disposition, je me suis bien malgré moi transformé en zezette, trimballant mon gros caddie tout pourri dans les transports en commun entre la place de la république et les jardins du Luxembourg, le tout en portant un costume l’un des jours les plus chauds de l’année.
Une trentaine de personnes avait répondu à l’appel de Snooze et nous attendait devant la salle des thèses. Ces personnes auront donc à éliminer 391 kCal de Parmesan, 2364 kCal de sucre, 504 kCal de lardons, 1240 kCal de lait entier, 1500 kCal d’oeufs, 1388 kCal de farine, 3828 kCal de Champagne, 7980 kCal de cookies, 2700 kCal de jus, 1412 kCal de pâte feuilletée, 975 kCal de crème fraiche, 150 kCal de fromage de chèvre, 7920 kCal de bonbons, pour un total avoisinant les 40 000 kCal, soient vingt jours de rations caloriques pour un individu moyen. Je ne pense pas avoir déjà organisé un truithon aussi réussi. Trop fort le Docteur Chondre. L’exercice fut périeux pour une autre raison. Tous les invités savaient que Snooze et moi vivions ensemble. Tous les invités sauf les membres du jury et une collègue. La consigne était donc de ne pas gaffer. Les parents de Snooze et ma mère étaient donc surveillés de très près. Curieusement, le maître de thèse et accessoirement supérieur hiérarchique de Snooze a demandé à plusieurs participants si son conjoint était présent. Il n’a pas eu de réponse et fut invité à s’adresser directement à l’intéressé.
Quelques minutes avant de nous séparer, nous n’avons pas résisté à l’envie de faire un dernier tour dans la Faculté qui, telle une Belle au bois dormant, n’avait quasiment pas changé depuis que nous y avions mis pour la première fois les pieds fin 1990. Cécile, Alexandre, Snooze et moi-même. Manquaient à l’appel Christel, Emilie, Eric et Delphine. Comme notre vie d’étudiant était douce. Je comprends maintenant pourquoi j’ai arrêté mes études à 29 ans et continue toujours à m’inscrire à la faculté, année(s) après année(s). Les amphithéâtres, les salles de travaux pratiques, notre labo photo, la cafétéria, le jardin botanique. Rien n’avait bougé. Nous avons même retrouvé les odeurs chimiques caractéristiques dégagées par les laboratoires de recherche. Nous avons terminé notre pèlerinage en passant par les toilettes du sous sol, ou une certaine Marine D prenait plaisir à faire des gâteries.
Ce fut notre rendez-vous Place des grands hommes, presque vingt années plus tard. Patriiiiiiick! 
J’ai un peu les boules, là, maintenant, tout de suite. 
Je me souviens du jour de la soutenance de ma thèse comme si c’était hier. J’avais préparé une centaine de diapositives et je tentais désespérément de répéter la présentation, présentation prévue pour durer une heure. J’étais dans un état second car mon rhumatologue m’avait bourré de tranquillisants. Je sortais à peine d’une vilaine hernie discale et avalais des poignées entières de cachets pour me permettre de tenir debout. En résumé, mon sang était aussi chargé que celui d’Amy Winehouse, mon visage était grisâtre et mes vêtements un peu trop grand pour moi. Je venais de perdre presque quinze kilos en moins de deux petits mois et n’avais pas eu le temps de me refaire une garde robe. En résumé, je ne ressemblais à rien, sentais le pipi rance, et n’arrivais pas à voir le bout du tunnel. L’attente était insupportable. Je savais que j’allais passer à l’échafaud et mon cœur était à deux doigts de l’implosion. Pas toujours facile la vie d’étudiant.
Je vis certainement aux pays des Bisounours, mais je ne bois toujours pas d’alcool (quoi qu’en dise ce gros baratineur de Snooze qui adore raconter que lors de la saint Sylvestre 1999, j’ai montré ma culotte après avoir trempé mes lèvres dans une coupe de Champagne), je ne fume pas et n’ai jamais consommé la moindre substance hallucinogène. Aucun pétard, pas de space cake ni de champignons rigolos, rien dans le nez ou les veines. Rien, nada, niet, que dalle. Ma sobriété a souvent été une source d’étonnement pour certaines connaissances qui ne comprenaient pas comment il était possible de s’amuser en soirée sans boire le moindre coup. Mon tropisme pour les bars est donc très limité. Je m’y suis presque toujours emmerdé, entre bruit, chaleur, hygiène douteuse et jusqu’à peu, fumée de cigarette qui pue, pique les yeux, se fixe sur les cheveux et flingue les vêtements. De plus, et alors que mes amis vendraient père et mère pour certains mélanges liquoreux exotiques, je n’y consomme généralement que du coca-cola light ou du lait chocolaté (ouhla, uniquement les jours de fête). Un peu monocorde tout ça tout ça. 















































