Je me souviens parfaitement du jour où j’ai fait mon coming-out. Je suis sorti du placard en deux temps. J’ai tout d’abord appelé tous mes amis un après midi, un à un. La tâche n’était pas si facile que cela car Snooze et moi faisions partie d’un groupe vraiment très soudé. J’avais ainsi peur qu’ils ne comprennent pas pourquoi nous leur avions caché la vérité pendant presque sept années. Je ne comprenais pas moi-même comment nous avions pu en arriver là. J’avais certainement honte de ce que j’étais, et ne m’assumais certainement pas encore.
Une fois cette douloureuse première étape franchie, j’ai pris mon courage à deux mains et ai annoncé la nouvelle à ma mère lors du diner. Elle ne semblait pas s’en douter et se masquait la réalité comme la plupart des parents. Tant que l’annonce n’est pas faite, il y a encore un infime espoir.
Elle a commencé à se reprocher un nombre incalculable de choses, comme si elle était responsable de mon penchant assez prononcé pour la bite, du cancer ou de la faim dans le monde. Elle a ensuite réalisé qu’elle ne serait jamais grand mère. Elle était à la fois triste et déçue. Je l’étais également, même si cette pilule au goût amer semblait être avalée. Le lendemain, elle s’est malheureusement transformée en Gremlin à crête blanche (sans avoir mangé après minuit ou sauté dans une piscine), en jurant sur ce qu’elle avait de plus cher qu’elle n’accueillerait plus jamais mon amant sous son toit. Ambiance.
Elle n’a ainsi pas revu Snooze pendant trois longues années.
Samedi midi, ma douce maman a fait son coming-out. Non, elle ne m’a pas confié qu’elle était en couple avec une lesbienne depuis des années. Elle m’a juste présenté presque officiellement son nouveau compagnon, venu lui rendre visite à l’improviste alors que je lui rendais également visite à l’improviste. Je me doutais bien de quelque chose en arrivant. Ma mère assez guillerette, a paru déçue lorsqu’elle m’a ouvert la porte. Elle était vêtue d’une robe noire sobre et classe, de quelques bijoux, parfumée et impeccablement coiffée, l’ensemble étant assez inhabituel pour un samedi après-midi ordinaire.
Cela fait environ cinq ans que je me doute de quelque chose. Des photographies, des messages sur son répondeur, des SMS. Les deux tourtereaux étaient amis lorsqu’ils étaient étudiants, et se sont perdus de vue avec le temps. G a retrouvé ma mère par hasard. Leur relation est très compliquée car il est encore marié. Détail qui a de l’importance: Sa femme est un légume depuis presque vingt ans. Ils se donnent donc rendez-vous le week-end et semblent pleinement se satisfaire de la situation. Un peu comme Poupette et son fameux backstreet
dans la Boum, quelques années en moins.
J’avais déjà eu entre mes mains une photographie très peu flatteuse du gaillard. Je ne comprenais vraiment pas ce que ma mère pouvait trouver à un troll dans son genre. Mon père valait mille fois mieux physiquement. Je me souvenais encore de ma mère bavant sur feu ma belle mère :
« Être remplacée par un mannequin, passe encore, mais par le plus hideux des boudins, c’est très humiliant. Elle doit certainement avoir des qualités exotiques que je ne possède pas »
Pan dans les dents.
G est entré dans le salon et m’a serré la main de façon très virile. Je lui ai laissé la place sur le canapé, et me suis assis dans un fauteuil près de ma grand-mère. Le couple ressemblaient à deux adolescents pris la main dans le pot à confiture. Plus G se rapprochait de ma mère, plus elle se décalait. Elle est rapidement arrivée à l’extrême extrémité du canapé et s’est soudainement (et dignement) levée, prétextant un coup de téléphone à passer, avant de se retrouver les fesses sur le tapis. Mon chat Phobos a profité de l’occasion pour prendre sa place. G tentait péniblement d’amorcer la conversation. Je savais qu’il savait que je savais qu’il savait pour moi et Snooze, mais nous n’avons jamais évoqué ma situation maritale.
Le physique de G est assez particulier. Il est petit, semble trapu, et fait partie de la mystérieuse secte des camoufleurs. Ses cheveux ont ainsi une horrible longueur lui permettant de masquer une légère calvitie. Cerise sur le gâteau, il semble être accro à la teinture. Si sa barbe de trois jours est poivre et sel, il ne possède pas le moindre cheveu blanc. En résumé, il est vraiment très vilain, le fruit d’un malheureux croisement entre Michou et Valentino. Ma grand-mère a mis les pieds dans le plat en trouvant extraordinaire cette absence de signe du temps. Il a commencé par rougir, puis s’est maladroitement justifié. Personne n’a été dupe, sauf peut-être ma mère, qui sort donc avec un adapte (honteux) du Régécolor.
Je ne me suis pas attardé, et suis vite rentré à la maison pour apprendre la nouvelle à Snooze.
Nous allons prochainement nous revoir pour fêter les quatre vingt dix huit ans de ma grand-mère.
Mon mari est même chaleureusement convié. Comme quoi, tout évolue, sauf heureusement la mode de la teinture camouflage chez les hommes. 
















Deux de mes amies m’ont raconté la même histoire à quelques semaines d’écart. Caro s’est rendue dans une maternité des Hauts-de-Seine pour accoucher il y a quelques semaines. Quelques heures après avoir mis au monde une magnifique petite fille, la nature a repris ses droits. Il faut dire que le terrain avait été bien préparé pendant toute la durée de la grossesse. De petites alvéoles situées à l’intérieur de la glande mammaire ont progressivement augmenté de volume sous l’effet des oestrogènes pour le plus grand plaisir du futur papa. La poitrine s’est voluptueusement mis à gonfler afin de préparer la future maman à l’allaitement. L’accouchement et plus généralement la brutale modification de l’environnement hormonal va ensuite déclencher une montée de la production de lait. Cette montée de lait survient généralement à partir du troisième jour suivant la naissance du bébé. Cependant, tout n’est pas si merveilleux au pays de la layette et des doudous. Le nichon peut parfois devenir lourd, chaud, tendu et surtout très douloureux. En résumé, après avoir souffert le martyr pendant l’accouchement, la jolie maman découvre le deuxième effet Kiss Cool: la miche en folie.
Ce genre de douleur était jusqu’ici atténué par la prise d’un médicament, le Parlodel. Ce produit est principalement indiqué dans l’inhibition de la montée laiteuse après l’accouchement lorsque l’allaitement au sein n’est pas souhaité ou est contre-indiqué. Ce produit est également indiqué chez les hommes atteints de gynécomastie ou d’impuissance. Seulement voilà, comme tous les médicaments, des effets secondaires sont naturellement associés à la prise de parlodel. Plus particulièrement, des troubles dits psychiatriques peuvent apparaître. Ces troubles peuvent être observés plus particulièrement aux fortes posologies et essentiellement chez des patients présentant déjà des signes de détérioration mentale. D’autres effets ont été observés: Des cas de jeu pathologique (compulsion au jeu), d’hypersexualité et d’augmentation de la libido.
Pour éviter tout problème, certaines maternités refusent désormais de recommander et de prescrire ce médicament. Il existe heureusement une alternative cent pour cent naturelle: la feuille de chou vert (ou la méthode dite de “La Denrée”). On conseille donc au papa de se rendre rapidement chez un marchand de fruits et légumes, d’acheter un chou et un rouleau à pâtisserie (en option), et de ramener le tout à la maternité. Après avoir écrasé les plus belles feuilles, la maman en tapissera sa splendide poitrine (vingt minutes, deux fois par jour) afin de diminuer la vilaine poussée de lait et la douleur associée. Alexandre, le compagnon de Caroline, a eu beaucoup de mal à trouver le chou idéal. Il faut préciser que l’achat de chou peut se transformer en cauchemar. Certains jours malheureusement associés à de nombreux accouchements, les marchands de légumes situés à proximité des hôpitaux sont littéralement dévalisés et il est impossible de trouver l’ersatz miracle.








Dans un squat qu’ils occupent dans le dixième arrondissement de Paris depuis le début de l’hiver, Rodolfo et Marcello tentent de survivre du mieux qu’ils le peuvent. Il fait vraiment très froid et EDF vient de leur couper tout accès à l’électricité. Rodolfo sacrifie sans remord le dernier de ses manuscrits pour alimenter le gros bidon qui fait office de radiateur, car la chaleur des bougies chipées dans l’église voisine ne suffit plus à les chauffer. Leurs amis Colline et Schaunard débarquent par surprise avec un sac rempli de provisions, mais également quelques Euros glanés dans le métro. La vie est vraiment très dure. Il faut dire qu’ils espéraient vraiment que les choses changent il y a quelques années. Ils ont pourtant travaillé plus, mais ont été licenciés après le rachat de leur entreprise. La crise est ensuite passée par là. Seul Rodolfo semble s’en sortir en faisant quelques piges par-ci par-là. 




















































