Comme le temps passe. Dingue tout ça.
Ma vie professionnelle a été bouleversée. J’ai obtenu le poste que je souhaitais en devenant un manager de moins de cinquante ans. J’apprends à gérer situations et conflits. Je me rends deux fois par mois à Londres et commence à connaitre la ville dans ses moindres recoins. Je m’envole, je m’évade, j’oublie la terne vie parisienne. Le beurre et l’argent du beurre d’après le dicton.
Revers de la médaille, je n’ai plus une minute à moi.
Ironie du sort, mon poste devrait disparaitre d’ici quelques mois. J’ai donc été dans l’obligation de passer par la case cabinet de recrutement et enchainé les entretiens. J’ai appris, beaucoup appris. Appris que la gestion d’une équipe restait un procédé complexe et pas forcement fait pour moi. Mais je n’ai plus le choix. Je dois continuer jusqu’au bout, et me lancer dans une autre aventure, avec certainement plus de responsabilités, de plus grandes équipes à gérer. Non, je n’aime pas cela, mais ne n’ai plus le luxe d’avoir le choix. Je dois grandir, murir, perdre un peu plus de rêve et d’innocence. Je vais devoir faire le deuil de ma deuxième vie outre-Manche. Entre le coeur et la raison, j’ai finalement tranché, travailler plus pour gagner moins.
Mais ouhlala, je m’égare. Rien à voir avec le sujet de ce premier billet de l’année.
Comme presque tous les ans, nous nous sommes rendus à Montréal en novembre dernier.
Comme la vie y reste douce. Snooze et moi-même avons retrouvé notre appartement de la rue Amherst, rue qui relie la rue Saint-Antoine à la rue Sherbrooke et traverse ainsi le Village gay. Cette année, nous avions décidé de ne rien faire. Rien sinon prendre notre temps. Nous y avons nos habitudes, nos amis, nos lieux de sortie(s). L’appartement que nous louons appartient à Eric, un français installé au Canada depuis de nombreuses années. Il a refait sa vie loin du vieux continent et monté plusieurs affaires. Son dernier bébé est un traiteur italien nommé « Diabolissimo » et situé avenue du Mont Royal. Eric est un coeur. Il peut passer le matin nous apporter des viennoiseries toutes chaudes ou le soir un assortiment de pâtes accompagnées son fameux pesto, certainement le meilleur du monde. Nous avons découvert une autre ville en sa compagnie. Comme il est agréable de passer une matinée à faire la tournée de ses clients ou fournisseurs dans le quartier grec ou la petite Italie. Ses invitations à dîner sont également l’occasion de rencontrer ses amis. Oui Eric est fantastique, un vrai gentil, je suis plus qu’heureux d’avoir fait sa connaissance.






S’envoler au Canada en novembre était loin d’être innocent. Nos amis Louphi et Léo avaient organisé comme toutes les années une soirée pour Halloween. Snooze a rencontré Louphi via HomoMicro il y a quelques années. J’ai fait leur connaissance il y a un an, nous avions alors été invités dans leur splendide manoir situé dans les cantons de l’Est à deux petites heures de Montréal, côté Vermont. J’ai eu la joie de les revoir lors de leur périple parisien au printemps dernier. Louphi est un grand enfant. Il planifie longtemps à l’avance la période d’Halloween. Toute la maison est transformée en manoir hanté. Des embouteillages à l’entrée du jardin sont fréquents le soir de la distribution de friandises. Cette année, la thématique était « super-héros »/espace. Après avoir été accueillis par l’équipage de l’Enterprise au grand complet, nous avons revêtu nos costumes de Green Lantern et de Superman. Un peu surprenant de se transformer en personnage bodybuildé. Après une indécente orgie de gâteaux et autres sucreries, nous nous sommes rendus dans leur ferme située quelques kilomètres plus loin. Contrairement au reste de la troupe, je n’ai pas eu le courage de continuer la soirée dehors en maillot de bain à barboter dans le jacuzzi et profiter des premiers flocons de neige. Pas masochiste et un peu frileux le Chondre.





***Interlude Cinéma québécois***
Léo et Louphi nous ont parlé du nouveau film de Jean-Marc Vallée. Après « Crazy » et « the Young Victoria ». Le livre consacré au film résume parfaitement l’intrigue: « Entre le Paris des années soixante et le Montréal d’aujourd’hui se déploie une vaste histoire d’amour aux accents épiques, à la fois sombre et lumineuse, troublante et malgré tout pleine d’espoir. Film teinté de fantastique, baigné d’une lumière parfois presque surnaturelle, Café de Flore raconte les destins croisés d’une jeune parisienne mère d’un enfant unique, d’un DJ montréalais ainsi que des femmes qui l’entourent ». Deux vies se croisent. Jacqueline, interprétée par Vanessa Paradis (merci Nachu) et mère d’un enfant trisomique, et le sublime Antoine (Kevin Parent). Tout est léché. La bande musicale, principalement rythmée par des morceaux de Sigur Ros, Pink Floyd ou The Cure, l’image, les lumières. Même si le scénario semble tout d’abord complexe et parfois touffu, les cartes sont dévoilées petit à petit. Tout à un sens, tout à un lien, pour aboutir enfin au cœur de l’histoire, le renoncement. Le film ne sombre à aucun moment dans le pathos. Des scènes vraiment très drôles aèrent le film (ne pas rater la danse des hôtesses de l’air). Je ne comprenais pas pourquoi Louphi et Léo avaient vu trois fois le film. Après avoir eu la chance d’assister à une projection, une seconde séance me semble indispensable. Je m’amuse toujours à penser que Vanessa Paradis, méconnaissable, a enfin son Tchao Pantin. Enfin un vrai rôle, bien loin des personnages fades et insipides qui ont marqués sa carrière jusqu’à aujourd’hui. Seul bémol, la bande originale reste introuvable, le seul moyen étant de retrouver les titres un à un et de les rechercher sur iTunes. Tous ne sont malheureusement pas disponibles. Cela fait trois mois que j’ai vu le film, j’y pense encore très souvent.
***Fin de l’interlude Cinéma québécois***
La soirée Halloween fut également l’occasion de faire la connaissance de S. Nous avions tout de suite remarqué son costume extravagant et imposant, sorti de son imagination et fabriqué par ses petites mains. Easy. S est chapelier et travaille pour le cirque du soleil. Cerise sur le gâteau, nous avons été conviés à une visite nocturne des ateliers du cirque. Magique magique. Tout reste dans le détail. Les costumes sont fabriqués sur place, dans la pure tradition artisanale. De vrais cheveux sont implantés un à un sur les perruques, les mensurations de tous les artistes sont disponibles. Chaque équipe est dédiée à une troupe. Plusieurs dizaines de spectacles différents sont programmés en même temps dans le monde entier. L’entreprise fonctionne à la Google. Chaque employé est une pièce du puzzle qui doit rester heureux et épanoui. Tout est pensé pour faciliter et adoucir la vie, de la couleur des pièces, de la décoration des murs, aux différents restaurants ou encore aux lieux de repos.







Cette année fut spéciale car Eric devrait se séparer très prochainement de son appartement du village. Nous avons donc profité des moindres minutes. Ma vision du village a évolué au fil du temps. Lors de ma première visite à Montréal il y a une vingtaine d’années, je trouvais le quartier glauque. La ville et les mœurs ont évolué. Être un couple gay est devenu légitime. Tout le monde se mélange dorénavant. Aucun ghetto, aucune normalité, chacun vit sa vie en respectant son entourage. La tolérance est la règle. Une vie qui semble si facile. Pincements lorsque nous avons fermé pour la dernière fois la porte de notre refuge. Adieu rue Amherst. Recherche désespérément nouveau nid d’amour pour prochaine visite.






Toutes les bonnes choses ont une fin, en attendant de retourner à Montréal très prochainement. De revoir Eric, Louphi et Léo, de faire une orgie d’érable, de retrouver une vie, douce, artificielle, paisible, mais si loin des putains d’emmerdes du quotidien.
Snooze et moi-même avons célébré nos dix-huit ans de vie commune lors de notre récent séjour à Montréal. Dix-huit ans, l’âge de la majorité. Il y a dix-huit ans, j’ai osé embrasser Snooze pour la première fois. Depuis ce mois d’octobre du siècle dernier, nous avons tout d’abord vécu au jour le jour, inconscients. Au tout début de notre relation, nous vivions heureux mais cachés, de nos familles respectives mais également de l’ensemble de nos proches. Snooze, en meilleur ami, venait souvent dormir à la maison. Tout cela était bien naturel. De mon côté, j’adorais le retrouver en fin de semaine chez ses parents. Je me suis ensuite installé dans un premier appartement, rapidement transformé en nid douillet. Snooze m’a ensuite rejoint, sept années après le début de notre vie de couple. Nous vivions alors une période de grandes turbulences. J’ai alors fait de nombreuses concessions, mineures et majeures, la première étant de faire mon coming-out. 



