Retour à l’essentiel

L'important, c'est la santé 17 Commentaires »

Je me suis toujours considéré comme un survivant. Un survivant du monde du travail. Un mec avec le cul bordé de nouilles. Une chance de cocu. Au mieux, après une thèse de sciences, deux masters et des diplômes universitaires à la pelle, étais-je destiné à m’exiler à l’étranger et enchainer les post-docs. Un, puis deux, puis trois, puis quatre. Le temps aidant, la liste de mes amis et contacts se serait étiolée, me condamnant ainsi à une émigration forcée. N’étant pas un génie, j’aurais également hérité d’un poste médiocre, entouré de collègues médiocres, dans un institut médiocre. J’aurais perdu de vue ma famille, mes quelques amis et aurais été rapidement tenté par une orgie de Xanax.

J’ai modestement débarqué dans mon entreprise pour un remplacement de congé maternité. Quatre mois de contrat à durée déterminée, puis deux, puis un, puis vingt-huit jours, puis huit autres mois pour finalement hériter d’un contrat à durée indéterminée avec période d’essai de six mois. Au bout de quatre années, j’ai changé de poste. Quatre ans plus tard, on me proposait un poste me permettant de résider au moins une semaine par mois à Londres, puis d’être responsable de mon équipe. L’erreur fut certainement d’accepter. Trop tard, une fatwa était lancée. J’ai vite compris que devenir responsable de ses propres collègues était toujours une douloureuse épreuve. J’étais devenu un manager de merde. Je portais même un t-shirt avec un gros M3 imprimé en son centre, Moi Manager de Merde. Le calvaire a été court. Mon entreprise a frôlé l’extermination.

J’ai alors joué à quitte ou double en candidatant à un poste indécent au moment de sa restructuration. Je n’avais alors rien à perdre. On m’avait expliqué que les gros cabinets faisaient passer des tests et jouaient avec leurs cibles. Je n’ai pas joué avec eux. J’étais vidé, j’avais un visage cadavérique, une bonne grosse gueule de cul, tout maigrichon et suis resté moi-même. Oui je suis sensible. Oui je suis exotique. Oui je suis un manager de merde. Oui je n’y connais rien. Oui, j’assume tout. Après près de deux heures d’entretien, j’ai expliqué que le poste ne me convenait pas, mais que s’ils me trouvaient un poste moins exposé, j’étais preneur. Il n’avaient qu’a me contacter.

Bingo. La plupart des candidats se sont présentés comme des bêtes en management, la crème de la crème, l’élite. Moi, je n’étais qu’un crétin incompétent. Un gros nul. J’ai été retenu pour le poste que je ciblais, pas eux. On m’avait affilié un directeur, je devenais son directeur adjoint. Quelques heures après l’annonce des heureux élus, une bombe éclata. Mon directeur explosa malheureusement en plein vol, et j’héritais de ses fonctions en période de restructuration. Arriva le temps d’une interlude incroyable. Nous formions un groupe très restreint et devions imaginer notre nouvelle entreprise. Choisir nos propres équipes, créer un nouveau système, de nouveau outils. Une année de découverte et de grands bonheurs. On me faisait confiance, on me respectait, on semblait m’apprécier. J’ai tout appris. Manager de merde de huit personnes, je devenais manager de merde d’une petite cinquantaine de collègues, et j’aimais cela.

Après avoir trouvé et recruté mon propre directeur, nous nous sommes tous retroussés les manches. Nouvelles missions, nouvelles fonctions, nouvelles responsabilités, nouvel entourage, nouveaux locaux. Nous repartions tous à zéro. Fatigue et lassitude obligent, j’ai perdu mon directeur en vol au bout d’une année et suis devenu calife intérimaire. J’ai toutefois compris que rien n’était gratuit. Lorsqu’on s’expose, on cours avec des ciseaux, on à le cul collé à un siège éjectable. Je m’en moque car j’en suis conscient. Rien n’est éternel, surtout pas moi. Personne n’est irremplaçable. Si j’échoue, je serais placardisé. Et alors?

En attendant, j’en profite. Oui tout cela m’use. Oui je suis fatigué. Fatigué de me battre pour des individus qui ne font pas le centième de ce que je peux faire et qui se plaignent. Mais j’ai le beurre et l’argent du beurre. Pas forcément bien payé, mais libre, libre comme l’air. Libre de l’ouvrir, de donner mon avis, de voyager, de rencontrer des gens biens, des gens un peu moins biens, libre de dire ce que je veux, libre de faire (presque) tout ce que je veux. Je serais devenu le plus heureux des hommes au travail sans un putain de stress qui m’empêche de dormir.

Pourquoi raconter tout cela?

En bon manager de merde, mon entreprise m’offre les services d’un coach personnel. Heureux hasard, son cabinet est situé à quelques minutes de mon appartement. Je m’y rends toutes les semaines. Toujours le même rituel. Une assistante m’accueille, me propose un café, et m’invite à me diriger dans une petite pièce mansardée. Le décor est sobre. Deux fauteuils rouges sont disposés près de la fenêtre. Il s’assied. Je m’assieds. Il me demande de commencer, en prenant de mes nouvelles. Nous échangeons pendant deux heures. Je me libère en lui racontant tout ce qui me broie l’estomac. Bien mieux qu’un psychanalyste. Il est parfois effaré, souvent amusé. Je me souviens le premier jour de notre rencontre. Il est entré dans mon bureau, et n’a pas vraiment compris où il était.





Il a toutefois compris pourquoi on me disait exotique. Il a compris que je me protégeais en recréant un endroit calme, doux, un véritable petit cocon. Tout cela l’a fait rire. Sa réaction m’a fait rire. En nous quittant peu avant Noël, il m’a dit que je devais écrire. Il m’a demandé si j’avais déjà fait l’exercice. Je ne lui ai pas dit que je tenais un blog. Dans tous les cas, il m’a redonné l’envie.

Cache cache gouine

Groovy, Shaggy, Wizz 7 Commentaires »

(la trilogie de la déviance, la suite)

La Brie van de Kamp qui est en moi s’est amusée à installer un petit coin détente au centre de l’étage que ma direction occupe. En période post-restructuration, il fallait trouver un moyen de rassurer et souder les équipes en offrant café, thé, petits gâteaux et autres viennoiseries [un jour je raconterai comment je suis devenu manager de merde d'une équipe de huit personnes, puis super manager de merde d'une cinquantaine de collaborateurs, ou comment ma vie de princesse s'est transformée en vie de citrouille, ou l'inverse]. M’envolant toujours deux fois par mois à Londres, je profite également d’un passage au salon Air France pour le piller de tous ses magazines et journaux, et ainsi proposer le tout sur un joli présentoir initialement destiné aux revues scientifiques. Elle et Paris-Match sont définitivement plus glamours que la revue du cancer. Jolie robe, jolies chaussures, jolie coiffure, viennoiserie, lecture, tout est parfait dans le meilleur des mondes. Lire la suite du billet

La trilogie de la déviance. C’est un peu comme la trilogie des desserts, mais sans les desserts. Ou la guerre des étoiles, sans les étoiles

Fiel 17 Commentaires »

Premier billet: Retour de boomerang

Si je me suis bien réveillé le jour de mes trente-cinq ans en prenant conscience que j’étais une vieille peau en état de décrépitude intense, je ne me suis jamais réveillé un matin en ayant choisi ma sexualité entre deux rêves. Lire la suite du billet

Mamie, tu es plus forte que Marion Cotillard dans Batman

Groovy, Shaggy, Wizz 25 Commentaires »

Toujours le même coup de pied aux fesses pour descendre en Corrèze. Impossible d’y échapper cette année, ma mère et ma grand-mère se retrouvaient seules, coincées entre deux troupeaux de vaches. Je m’apprêtais à jouer au Père-Noël, ma valise chargée de cadeaux. J’avais même décidé d’ajouter une touche de gaité, en me parant de mes plus jolis t-shirts « Sesame Street ». Toujours le même rituel, près de huit heures de train et de car pour enfin arriver à Bort-les-Orgues. Parfait pour une veille de Noël. Lire la suite du billet

Christmess

L'important, c'est la santé 20 Commentaires »

Je suis maintenant convaincu que Dieu existe, et plus particulièrement le purgatoire. Il était temps.

Je suis toujours resté très attaché à ma grand-mère. Certainement parce qu’elle m’a élevé depuis ma plus tendre enfance. Si je suis un gros con, je le lui dois. Les années ont passé, elle restait toujours la même pour moi. Quatre-vingt, quatre vingt dix, quatre vingt quinze ans. Elle prenait toujours soin de moi, terminant toutes nos conversations téléphoniques par un « je t’aime, sois prudent ». La voir vieillir seule, sans le moindre problème, restait la normalité. Elle faisait partie des meubles, des très vieux meubles. Lire la suite du billet

Avant j’étais moche

Groovy, Shaggy, Wizz 17 Commentaires »

Je le suis toujours, mais un peu moins.

Tout comme le chantait autrefois Isabelle A, j’ai touché le fond de la piscine, mais sans mon pull marine.

J’ai subi un léger coup de calcaire il y a maintenant deux ans. Je me suis alors rendu compte que j’étais incapable de résoudre plusieurs problèmes à la fois. J’étais défectueux. En panne. Il fallait que je remonte la pente, et rapidement. J’ai donc pris rendez-vous avec le premier généraliste trouvé dans l’annuaire. Je lui ai alors expliqué que je ne pouvais plus dormir et que j’étais angoissé en permanence. Cette angoisse été associée à une douleur à la fois physique et morale. J’ai rapidement choisi la facilité: une pilule blanche pour le stress, un cachet rose pour l’angoisse, et un autre pour l’insomnie. J’ai également repris une vilaine habitude, celle de fumer, même de façon très modérée. Après avoir rompu avec la cigarette il y a près de dix ans, je m’étais pourtant juré ne ne plus y toucher. Comme quoi. Lire la suite du billet

In the sky with diamonds

Souvenirs 10 Commentaires »

Il y a bien longtemps de cela, en 1991, mon meilleur ami de l’époque m’a proposé d’adopter un chat. Sa mère l’avait trouvé sur un bord de route. Il n’avait alors pas plus d’un mois. Sa famille d’accueil l’avait nommé Phobos pour deux raisons: (i) mon ami était dingue d’astronomie et (ii) le petit chat était plus que caractériel. J’ai bien évidement accepté la proposition avant d’en parler à ma mère. La messe était dite. Un chat n’était pas le bienvenu. Ma grand-mère me répétait même qu’elle ne remettrait plus jamais les pieds à la maison si un félin y séjournait. Je la comprenais. Pendant la guerre, son chat avait attrapé le typhus, était devenu fou et avait tenté de la défigurer en lui sautant au visage. Le sujet était donc clôt. Cependant, le petit-fils que j’étais était égoïste et ne pensait qu’à sa pomme. J’avais accepté sans demander l’avis de mon entourage, sans vraiment comprendre ce qu’impliquait l’adoption d’un chaton abandonné et non sevré. Dans mon imagination, un chat était tel que l’animal décrit dans les publicités Sheba. Une peluche toute bleue aux yeux dorés qui se frotte juste avant de recevoir sa pâtée, une douce machine à ronrons et à câlins. Oui et non. Lire la suite du billet

Comment éviter la moue de truite

Groovy, Shaggy, Wizz 7 Commentaires »

Dingue comme ma vie était saine il y a encore un an. Je consacrais cinq heures à développer de façon non harmonieuse cuisses et cul en m’acharnant à me rendre à vélo au bureau, je ne pouvais me passer d’aller courir tous les deux jours, et faire quelques longueurs en fin de semaine. Côté alimentation, même si le week-end restait synonyme de relâche, la semaine était plus qu’austère: légumes à l’eau, céréales, aucune sauce ni friture, pas une goute d’alcool. En résumé, mon colon était aussi bio qu’un produit Naturalia, exception faite des trois litres de Pepsi Max quotidiens qui participaient à la fois au décapage intense de mon estomac, mais également à la destruction de tout agent potentiellement pathogène. Depuis une quinzaine de mois, c’est plutôt la fête du slip dans la cuisine. Bobonne en a ras-le-pompon de cuisiner et gave le congélateur de pizza set autres spécialités à base de pâte feuilletée. Ainsi, si mon cul est toujours aussi épanoui, le reste commence à bien se développer, en un peu plus flasque toutefois. Lire la suite du billet

Montréal, Sherbrooke, et le Café de Flore

Groovy, Shaggy, Wizz 19 Commentaires »

Comme le temps passe. Dingue tout ça.

Ma vie professionnelle a été bouleversée. J’ai obtenu le poste que je souhaitais en devenant un manager de moins de cinquante ans. J’apprends à gérer situations et conflits. Je me rends deux fois par mois à Londres et commence à connaitre la ville dans ses moindres recoins. Je m’envole, je m’évade, j’oublie la terne vie parisienne. Le beurre et l’argent du beurre d’après le dicton. Lire la suite du billet

L’analyse de mon moi intérieur

Souvenirs 19 Commentaires »

Il y a presque dix ans de cela, je me suis lancé dans une drôle d’aventure, la grande aventure du moi intérieur, une psychanalyse. Je me rendais alors trois fois par semaine chez mon analyste. Le rituel était le même. Je le saluais, m’allongeais sur un lit très confortable et commençais à lui parler de tout et de n’importe quoi. Il était situé derrière moi. Je ne sentais jamais sa présence, simplement sa respiration, de légers mouvements, quelques signes d’approbations. La pièce était triste et sombre. Parfois, lorsque j’étais fatigué, mes paupières devenaient terriblement lourdes et il m’est souvent arrivé de m’endormir quelques minutes. Il ne me parlait quasiment jamais, je faisais tout le travail. C’est le principe de l’analyse. Au bout de trente minutes, je me levais et déposais en liquide soixante euros. Acquérir un appartement ou une analyse, il faut toujours choisir. Lire la suite du billet

Si twitter avait existé à l’époque de Dynasty

Vu, lu, entendu 6 Commentaires »

Ah l’été. Le temps du repos. Le temps de combler le gouffre culturel causé par des mois d’activité intense, de stress et de fatigue. J’ai choisi cette année la crème de la crème en tombant par le plus grand des hasards sur une série télévisée américaine qui a bercé mon enfance. Bien mieux qu’Amour, Gloire et Beauté », plus bling bling que « Dirty Sexy Money », plus haletant que « 24 heures chrono », plus torride que « Pause café »: le fabuleux, l’inénarrable, le fantastique, l’inégalé « Dynasty ». Lire la suite du billet

Loup y es-tu?

Groovy, Shaggy, Wizz 28 Commentaires »

Loup: nom masculin (variante dialectale de l’ancien français leu, du latin lupus)

Mammifère (canidé) carnivore sauvage, très voisin du chien. (Nom scientifique Canis lupus ; la femelle est la louve, les jeunes des louveteaux.)
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Retour sur la période bleue (la complainte du progrès)

Souvenirs 20 Commentaires »

Je me souviens très précisément de la fin des années soixante-dix. Ma mère avait plaqué mon père après avoir eu la preuve de son infidélité. Il lui a fallu trouver le courage de quitter le confort d’une vie bourgeoise provinciale pour recommencer sa vie à zéro à Paris. Je me souviens qu’elle n’avait emporté qu’une vilaine valise en faux cuir rouge toute râpée et un ours en peluche. Nous avions débarqué dans un petit studio au septième étage d’un bâtiment situé non loin des Buttes-Chaumont. Nous avions obtenu ce logement car mon arrière-grand-père avait été l’architecte de l’immeuble. Curieuse coïncidence, l’appartement était situé sous la petite tour qu’il s’était fait construire et qui lui servait de bureau. L’endroit était magique. Il s’agissait d’une petite pièce presque uniquement constituée de baies vitrées et qui permettait d’avoir une vue imprenable sur tous les toits de Paris. Nous en avions l’usufruit et j’en avais fait mon refuge secret. Lire la suite du billet

Un mariage et deux enterrements

Groovy, Shaggy, Wizz 14 Commentaires »

C’est en s’arrêtant ponctuellement de publier régulièrement que l’on s’aperçoit ô combien on était drogué par le blog, un peu comme un joggeur passionné qui culpabilise le jour où il ne part pas courir. Si les premiers temps sont étranges, on s’habitue relativement vite et l’on perd progressivement l’appel du clavier. Certains tics demeurent toutefois. Je stock toujours ainsi quantité de documents pour en faire des billets, je pense toujours rédiger une bafouille lorsque je suis amusé, attendri, en colère ou choqué, je continue à prendre plaisir à photographier des absurdités avec mon lapin en peluche ou à compiler les recettes de cuisines les plus improbables.

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I love drug

L'important, c'est la santé 12 Commentaires »

Je tente depuis quelques semaines d’écrire un billet consacré aux médicaments.

Difficile d’avoir un avis neutre lorsque l’on baigne dans le milieu du matin au soir.

Il y a quelques mois, la France découvrait avec effroi qu’un médicament pouvait être responsable de l’apparition d’effets indésirables pouvant être fatals, qu’un principe dit actif pouvait être délivré sans ordonnance, prescrit par un médecin peu regardant, ou encore conseillé à un patient qui n’en a finalement pas besoin. Beaucoup découvraient l’existence de ce fameux médicament en « or » dont on ne doit pas prononcer le nom sous peine de se voir maudit pendant sept générations. Les victimes se comptaient par centaines.
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Theme Groovy Shaggy Wizz version 2.0 par T2 apres bidouillage extremement extreme de GlossyBlue
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