Il y a bien longtemps de cela, en 1991, mon meilleur ami de l’époque m’a proposé d’adopter un chat. Sa mère l’avait trouvé sur un bord de route. Il n’avait alors pas plus d’un mois. Sa famille d’accueil l’avait nommé Phobos pour deux raisons: (i) mon ami était dingue d’astronomie et (ii) le petit chat était plus que caractériel. J’ai bien évidement accepté la proposition avant d’en parler à ma mère. La messe était dite. Un chat n’était pas le bienvenu. Ma grand-mère me répétait même qu’elle ne remettrait plus jamais les pieds à la maison si un félin y séjournait. Je la comprenais. Pendant la guerre, son chat avait attrapé le typhus, était devenu fou et avait tenté de la défigurer en lui sautant au visage. Le sujet était donc clôt. Cependant, le petit-fils que j’étais était égoïste et ne pensait qu’à sa pomme. J’avais accepté sans demander l’avis de mon entourage, sans vraiment comprendre ce qu’impliquait l’adoption d’un chaton abandonné et non sevré. Dans mon imagination, un chat était tel que l’animal décrit dans les publicités Sheba. Une peluche toute bleue aux yeux dorés qui se frotte juste avant de recevoir sa pâtée, une douce machine à ronrons et à câlins. Oui et non. Lire la suite du billet
Il y a presque dix ans de cela, je me suis lancé dans une drôle d’aventure, la grande aventure du moi intérieur, une psychanalyse. Je me rendais alors trois fois par semaine chez mon analyste. Le rituel était le même. Je le saluais, m’allongeais sur un lit très confortable et commençais à lui parler de tout et de n’importe quoi. Il était situé derrière moi. Je ne sentais jamais sa présence, simplement sa respiration, de légers mouvements, quelques signes d’approbations. La pièce était triste et sombre. Parfois, lorsque j’étais fatigué, mes paupières devenaient terriblement lourdes et il m’est souvent arrivé de m’endormir quelques minutes. Il ne me parlait quasiment jamais, je faisais tout le travail. C’est le principe de l’analyse. Au bout de trente minutes, je me levais et déposais en liquide soixante euros. Acquérir un appartement ou une analyse, il faut toujours choisir. Lire la suite du billet
Je me souviens très précisément de la fin des années soixante-dix. Ma mère avait plaqué mon père après avoir eu la preuve de son infidélité. Il lui a fallu trouver le courage de quitter le confort d’une vie bourgeoise provinciale pour recommencer sa vie à zéro à Paris. Je me souviens qu’elle n’avait emporté qu’une vilaine valise en faux cuir rouge toute râpée et un ours en peluche. Nous avions débarqué dans un petit studio au septième étage d’un bâtiment situé non loin des Buttes-Chaumont. Nous avions obtenu ce logement car mon arrière-grand-père avait été l’architecte de l’immeuble. Curieuse coïncidence, l’appartement était situé sous la petite tour qu’il s’était fait construire et qui lui servait de bureau. L’endroit était magique. Il s’agissait d’une petite pièce presque uniquement constituée de baies vitrées et qui permettait d’avoir une vue imprenable sur tous les toits de Paris. Nous en avions l’usufruit et j’en avais fait mon refuge secret. Lire la suite du billet
Snooze et moi-même avons célébré nos dix-huit ans de vie commune lors de notre récent séjour à Montréal. Dix-huit ans, l’âge de la majorité. Il y a dix-huit ans, j’ai osé embrasser Snooze pour la première fois. Depuis ce mois d’octobre du siècle dernier, nous avons tout d’abord vécu au jour le jour, inconscients. Au tout début de notre relation, nous vivions heureux mais cachés, de nos familles respectives mais également de l’ensemble de nos proches. Snooze, en meilleur ami, venait souvent dormir à la maison. Tout cela était bien naturel. De mon côté, j’adorais le retrouver en fin de semaine chez ses parents. Je me suis ensuite installé dans un premier appartement, rapidement transformé en nid douillet. Snooze m’a ensuite rejoint, sept années après le début de notre vie de couple. Nous vivions alors une période de grandes turbulences. J’ai alors fait de nombreuses concessions, mineures et majeures, la première étant de faire mon coming-out. Lire la suite du billet
J’ai rencontré Eric lorsque Snooze a redoublé sa seconde année de Pharmacie. Nous ne sommes pas immédiatement liés d’amitié car il appartenait à un autre groupe de joyeux étudiants. L’atmosphère est étrange lorsqu’on se retrouve en deuxième année de pharmacie ou de médecine. On est un peu le roi du monde car la plupart des incertitudes liées à l’avenir professionnel s’estompent. Au pire, on se destine à vendre des couches en officine et à gagner un paquet de blé, au mieux on rentre au service marketing d’une grande firme et on gagne un plus gros paquet de blé. Les études sont longues et dures, mais on termine toujours un diplôme en poche. On passe également de nombreuses heures à traîner dans les locaux des associations sponsorisées par la faculté ou à la cafétéria. Un doux mélange entre Hélène et les garçons, Oui Oui et le monde des Bisounous. Lire la suite du billet
On peut certainement appeler cela le destin. Je suis né au tout début des années soixante-dix à l’hôpital Boucicaut. Mes parents se sont mariés certainement par convention sociale, sans s’aimer plus que cela. Il m’ont conçu, vraisemblablement par accident cinq ans après leur union. Je n’ai jamais pensé être un enfant désiré. Ni par ma mère qui a déclenché une dépression du post-partum après avoir accouché, ni par mon père, adolescent attardé qui ne pensait qu’à la tromper. Le petit Alexandre que j’étais commençait donc les premiers jours de sa vie dans un univers très incertain. Maman s’est vite aperçue qu’elle était trompée, au sens propre comme au sens figuré. L’élément déclencheur a été une boucle d’oreille ne lui appartenant pas retrouvée dans le lit conjugal. Le ver était dans le fruit, la pomme commençait à pourrir, il fallait qu’elle préserve son fils et tente de sauver les meubles de sa vie. Lire la suite du billet
J’ai quitté mon très cher laboratoire de recherche en mars 2000 pour officiellement me concentrer sur la rédaction de ma thèse. Entre temps, on me proposait un poste que je ne pouvais refuser. J’ai donc intégré mon agence en juin 2000. Telle une belle au bois dormant, la finalisation de mon doctorat a été mise en veille pendant trois longues années. En septembre, une partie de la daske Company s’est retrouvée pour la dernière fois dans l’immonde cité balnéaire de Santa Ponça aux Baléares. Nous profitions pour la dernière fois du grand appartement de Mous qui donnait sur la baie. Quelques mois plus tard, je passais un week-end vraiment sympathique en Suède en compagnie de Snooze. Ce week-end représente également le dernier contact avec mon père. Cela fait dix ans qu’il est mort pour moi. Lire la suite du billet
Je suis tombé par hasard il y a quelques jours sur le film « Explorers ». Certes, le film a énormément vieilli. La pellicule sent maintenant le pipi, on devine le scénario un peu bâclé et la mise en scène approximative. Cependant, A l’époque de sa sortie il y a maintenant vingt cinq ans (ô râge, ô désespoir, ô vieillesse ennemie), Joe Dante surfait sur la vague des teen movies fantastiques qui pullulaient comme les mites dans mon placard à nourriture. L’intrigue est basique: Un groupe de trois pré adolescents arrive à produire une jolie bulle bleue qui leur permet de faire décoller un objet volant presque identifié construit à partir d’immondices trouvés chez un ferrailleur, et de rentrer en contact avec des extra-terrestres vraiment très sympathiques. Il faut dire que petit génie de la bande disposait d’une véritable arme de destruction massive: un Apple IIC pourvu d’un processeur à 1,4 Mhz et de 128 Ko de RAM. Dingue tout ça. Lire la suite du billet
J’ai parlé pour la dernière fois à mon père il y a tout juste dix ans. J’étais vraiment très fier de lui annoncer que mon premier jour de travail s’était bien passé. Ce n’était pas un jour comme les autres. J’avais un vrai travail, rémunéré, sérieux. Mon géniteur commençait vraiment à s’impatienter. Son bon à rien de fils était décidément incapable de subvenir à ses propres besoins. Cela faisait déjà quatre années qu’il n’envoyait plus de pension alimentaire. Dix ans après avoir passé mon bac, il était temps que je m’installe. Je me souviens encore de sa voix, assez douce, et des principaux traits de son physique. Un peu plus petit que moi, blond, sans le moindre cheveu blanc. Son ventre rebondi trahissait cependant son goût immodéré pour la bonne chair. Lire la suite du billet
Noël a toujours été pour moi un mélange de joie et de tristesse. Mes parents s’étant rapidement séparés pour le meilleur et le meilleur, cette période a toujours été tendue comme un string. Je ne m’en suis curieusement jamais aperçu sur le moment. Ce n’est qu’en me penchant sur le passé que j’arrive à relier certains signes ou événements. Je me rends alors compte que j’étais très loin d’évoluer au pays des Bisounours. Même si mes parents ne s’entendaient pas, ils respectaient cependant la trêve des confiseurs. La famille faisait tout pour m’anesthésier. C’était un peu cela la magie de Noël.
Mes premiers souvenirs sont liés à cette période de l’année. Des bruits, ceux du crépitement des pas dans la neige ou ceux, plus imaginaires, du père Noël descendant par la cheminée et déposant mes cadeaux autour du sapin. Des odeurs, celui du parfum de ma maman, des plats mijotant dans la cuisine, du sapin, de la cheminée, de tabac froid le matin au réveil. Du goût, celui des escargots en praliné, des fondants en sucre, des petits Jésus rose* ou jaunes, des boules de sapin en chocolat, du pain d’épice. Des couleurs, celles des décorations, des guirlandes électriques, des vitrines des grands magasins.
Je me souviens parfaitement du Noël de mes cinq ans. Je le passais en Corrèze. Ma grand-mère avait acheté un affreux sapin en plastique. Nous avions sorti les santons et la crèche du grenier. Le jardin était couvert de neige. Je n’avais bien évidement pas réussi à veiller jusqu’à minuit. Le matin du 25 décembre, des cadeaux m’attendaient près de la fenêtre du salon. Le père Noël m’avait gâté. Il avait déposé une jolie montre Lip. Ma première montre. Je me souviens également d’une usine miniature, et d’une grosse Matriochka, certainement un cadeau de mon oncle Russe. Je me souviens également du Noël suivant. Mon père avait passé le réveillon en notre compagnie à Paris. J’avais encore été très gâté. Le lendemain, nous sommes partis chez ses parents en Bourgogne. Le père Noël était également passé par la maison car des cadeaux m’attendaient sous la cheminée en briques. Je me souviens d’un Télécran, d’un Spirographe et d’un Monopoly.
Quand j’étais petit, Noël commençait à la fin du mois de novembre. Le début des hostilités était déclenché par la publication des catalogues de jouets par les grands magasins. Je passais alors des heures à les feuilleter, même si, in fine, j’étais toujours attiré par la même chose: des Lego, encore des Lego, toujours des Lego. Des Lego jusqu’à écœurement. J’ai rarement fait des infidélités à cette marque, ma chambre étant tapissée de briques et de plaques en plastique. Une année pourtant, j’ai souhaité recevoir la navette spatiale Ulysse 31. Une folie. Un peu plus tard, les fameux « Game and Watch » Nintendo ont fait leur apparition. Qui ne rêvait pas de se voir offrir les fameux jeux doubles écrans « Donkey Kong »? Arrivèrent ensuite les premiers ordinateurs. Sinclair, Oric, Amstrad. Les cassettes puis les disquettes de jeux ont alors vite remplacé les jouets plus traditionnels sous le sapin.
Noël était également signe de décoration de notre appartement. La première étape était de se rendre chez le marchand de couleurs et d’acheter du blanc d’Espagne. Cette poudre magique me permettait de dessiner des sapins et autres affreux motifs sur les carreaux des fenêtres (merci maman pour ta tolérance et ta patience). La seconde était de choisir un joli sapin, puis de le décorer. Enfin, nous sortions la crèche et cachions le petit Jésus dans une boite à bonbons jusqu’au 25 décembre au matin. La touche finale était la réalisation de la couronne que nous accrochions sur la porte d’entrée.
Un autre facteur différenciait cette période du reste de l’année: J’avais le droit de regarder, presque à volonté, la télévision. Ma mère n’a jamais considéré cet obscur objet du désir comme primordial. Nous avons longtemps conservé une vieille télévision toute pourrie en noir et blanc. J’avais uniquement le droit de regarder « Récré A2″ et le dessin animé sur FR3 juste avant 20 heures. Pendant les fêtes de fin d’année, tout était différent. Je me gorgeais de films et d’émissions. Je ne ratais jamais un numéro des visiteurs de Noël, tout en me gavant de sucreries et de crottes en chocolat.
Tous ces souvenirs sentent bon les épices et le sucre. Mon enfance a été très douce.
Aujourd’hui, je suis devenu l’adulte de la famille et je dois naturellement prendre soin de mes proches. Nous organisons depuis quelques années le réveillon à la maison. Je passe beaucoup de temps à cuisiner. Lorsque ma mère et ma grand-mère arrivent, tout est prêt. L’appartement est décoré et des cadeaux sont disposés au pied du sapin. Elles ne s’occupent de rien. [Attention, passage au mode guimauve dégoulinant] Je souhaite juste qu’elles se sentent bien et soient heureuses. Nous formons une toute petite famille, mais nous sommes très complices et nous nous aimons sincèrement et profondément. C’est encore ça la magie de Noël. Chez nous, c’est maintenant toute l’année.
Noël est maintenant passé, une nouvelle année arrive. Tic tac, tic tac, tic tac.
J’ai des projets plein la tête. Je suis heureux. J’ai encore beaucoup de chance.
Deux mille dix sera encore plus belle que deux mille neuf, j’en suis persuadé.
Très belle année 2010. 
*Rose ne s’accorde pas.
C’est en fin de repas pantagruélique organisé par ma douce maman que nous sommes revenus sur le passé, et plus particulièrement sur les douces années de mariage de mes parents. Ma mère a toujours été une jolie dinde naïve qui a rapidement été charmée et conduite devant l’autel pour le meilleur et pour le pire. Cinq années plus tard, elle est tombée enceinte, et tadaaah, je débarquais en braillant, non pas entouré d’un âne et d’un bœuf, mais de vieilles infirmières proches de la retraite à la maternité de l’hôpital Boucicaut. Quelques mois après ma naissance, maman Chondre s’est aperçue que mon père passait son temps libre à la cocufier avec une hôtesse de l’air, puis avec l’une de ses collègues de travail (feu ma future belle-mère, que son âme repose en paix). Lire la suite du billet
Je devais avoir cinq ou six ans et passais quelques jours chez ma grand-tante à la ferme. Nous avions prévu de manger du lapin et n’avions qu’à nous servir dans le clapier. Ma grand-tante me proposa de l’accompagner et de choisir le plus gros. Je n’avais pas vraiment compris que le joli lapin dodu que j’allai choisir allait se retrouver dans mon assiette quelques heures plus tard. Elle le prit par les oreilles et lui explosa la tête avec un gros rouleau à pâtisserie. Elle sortit dehors, lui planta un crochet dans le cou et lui arracha d’un coup sec l’ensemble de sa fourrure. Je venais brutalement de me rendre compte que je vivais chez l’Antéchrist, et accessoirement que la viande que je mangeais depuis des années faisait de moi un cruel assassin. Lire la suite du billet
(Ou la roue tourne, parfois)
A chaque période de ma vie correspond un groupe d’amis. J’étais très proche de François au primaire. Ses parents faisaient partie de cette vague d’immigrés espagnols arrivés en France dans les années soixante-dix. Mes parents l’avaient presque adopté. Nous passions nos vacances ensemble. Durant l’année scolaire, il descendait avec moi dans nos maisons de Bourgogne ou de Corrèze. L’été, il m’arrivait de passer plusieurs semaines avec sa famille dans un village perdu en Galicie. Je ne parlais pas un mot d’espagnol, mais les enfants se comprenant généralement très vite, je restais rarement dans mon coin et était très rapidement intégré. Nous formions un groupe de quatre ou cinq amis depuis le cours préparatoire. Habitant le même quartier, nous étions généralement toujours fourrés les uns chez les autres. Notre école n’assurant que les études primaires, nous avons naturellement été dispersés aux quatre coins de Paris à l’entrée en sixième. Lire la suite du billet
J’ai toujours ressenti le besoin de me sentir rassuré. Certainement parce que j’ai rapidement eu à prendre ma vie en main et vivre de façon très indépendante. Tout cela est très contradictoire, car j’ai quitté le domicile familial à vingt-sept ans, toujours étudiant, et pour des années encore. Ma mère et moi n’avions cependant pas les mêmes horaires, ni les mêmes habitudes et ne nous croisions que très rarement. Chacun gérait sa vie de son côté. Ma chambre restait mon territoire. Je l’avais transformée en pièce de villégiature. Douillette, confortable, chaleureuse et cosy. Je comprends pourquoi je reste si casanier aujourd’hui encore. Pourquoi quitter un endroit où l’on se sent bien et en sécurité? Un peu con, non? Lire la suite du billet
J’ai toujours été très attaché à la notion de clan. A chaque période de ma vie, j’ai eu la chance d’être entouré d’un groupe d’amis fidèles. Je me souviens encore de François, Christian, Frédéric, Franck, Yan ou d’Anthony. Chacun de ces personnages était foncièrement différent. Ils ont tous contribué, d’une façon ou d’une autre, à me construire et à forger mon caractère. Je les ai perdus de vue depuis longtemps, la vie écrémant l’entourage avec une facilité déconcertante. Je me souviens toujours avec beaucoup de nostalgie du groupe que nous formions à la Faculté. Ce groupe est toujours présent et compte beaucoup pour moi. Même si nous nous voyons tous un peu plus rarement, nous sommes capables de reprendre une conversation à l’endroit où nous l’avions laissé un an plus tôt. Rien n’est figé. Nous grandissons, nous rencontrons d’autres amis qui deviennent avec le temps des amis d’amis, notre carrière professionnelle évolue et/ou nous bâtissons une famille (dernière option réservée toutefois à la frange non déviante de la population). Des engueulades, des ruptures ou des disparitions viennent également pimenter l’existence. Une partie de mes indispensables, comme l’écrirait Samantdi, partage ma vie depuis une quinzaine d’années. Nous avons donc eu tout le temps d’apprendre à nous connaître et de nous apprivoiser mutuellement. Lire la suite du billet




