Le tourbillon de la vie

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Je passe quotidiennement plus d’une heure dans les transports en commun. Il m’arrive souvent de lire un bouquin ou le journal. C’est mon activité préférée avant d’aller travailler. Cela me permet de m’échapper et de me mettre de bonne humeur avant de retrouver une activité professionnelle parfois stressante. Il est parfois déchirant de quitter un univers ou l’on se sent en totale sécurité pour rejoindre les aléas de la vraie vie.
Lorsque je me déplace en métro ou en bus, je passe également beaucoup de temps à dévisager les gens qui m’entourent. C’est très compliqué à expliquer. C’est encore plus compliqué à écrire. J’observe les visages, je les décortique. Je retrouve des regards, des formes, des bouilles ovales à la Wallace, des houppettes à la Tintin. Chaque indice est bon à prendre. Un geste vif, un baiser furtif, un clin d’œil, un tatouage, une bague, un parfum entêtant, une odeur de cigarette ou même d’accordéon rance. Mon esprit semble flotter. Je commence à inventer des histoires. Je rêve tout éveillé.
Ces personnes qui me font face partagent ma vie pendant seulement quelques secondes. Elles ne le savent pas. Je les vole à leur propre existence. Ces individus vivent de leur côté, seuls, dans leur propre univers et ne se doutent pas une seconde que je leur invente une nouvelle vie. Je vampirise. Tout est indolore.
Les humeurs des voyageurs changent selon la période de l’année. Les voyageurs sont plus calmes et moins nombreux en été. Les visages bronzés semblent apaisés et rajeunis. Les Parisiens se mélangent aux nombreux touristes et autres promeneurs. On se bouscule, on s’excuse, on se sourit, on demande son chemin, on rate sa station, on commence à râler.
En plein hiver lorsque le froid est bien installé, les gens se ressemblent tous. Ils n’ont pas le temps de se dévêtir et restent emmitouflés comme s’ils se préparaient à un trek au Népal. Les cheveux dépassent des bonnets ou des chapeaux. Les traits sont tirés. Seuls les yeux semblent laisser transparaître l’âme du voyageur.

Hier, j’ai dévisagé une femme. Sa peau était aussi noire que l’ébène. Elle avait les traits fins. Ses yeux étaient verts. Elle était très belle. Mes yeux ne pouvaient pas s’écarter de son magnifique visage. Elle a rapidement laissé sa place à une autre femme, tout de cuir vêtue. Elle ressemblait à curieusement à Barbarella. Elle s’est installée face à moi, a posé sa paire de gants sur ses genoux. Elle fixait elle aussi une autre personne située derrière moi tout en écoutant de la musique. Ces deux personnes ne m’avaient pas remarqué. Nous avions pourtant vécu une histoire commune pendant quelques minutes. On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue. Chacun est retourné dans son propre monde, en attendant de faire d’autres rencontres, jour après jour.

Merci Kozlika.

Wir lernen Deutsch

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Rolf und Gisela ping-pong spielen. C’est la première phrase d’allemand apprise à l’école. Et peut-être la seule retenue. En lisant les billets de Juju (sa Bavière, son bordel « d’amour »), j’ai repensé à mes expeditions en Allemagne.
Maman m’avait persuadé de choisir allemand en première langue en sixième. D’après ce que l’on disait, les classes d’allemand étaient bien meilleures. Avant de rentrer au cours Bossuet, nous avions acheté un livre d’apprentissage. « L’allemand en 90 jours et en 90 leçons ». J’ai commencé à me faire chier et à me perdre dans les déclinaisons dès les premiers cours.

J’ai ensuite passé deux années horribles. J’étais une véritable bite dans la langue de Goethe. Une bite tellement grosse que j’ai redoublé ma 5ème. La honte.
Ma mère a commencé à paniquer. Une amie lui avait parlé de l‘association culturelle franco-allemande pour la jeunesse. Cette association proposait des cours et des stages en Allemagne. On parlait de la République Fédérale d’Allemagne à l’époque.
J’ai donc été exporté dans le Schleswig-Holstein, près de Kiel, en août 1983 (patrie des zolies vaches blanches tachées de noir et du hareng). La ville s’appelait Bordesholm. Je ne me souviens plus du nom de la famille. J’ai véritablement adoré le style de vie. Les gens vivaient dans de grandes maisons. La région était magnifique, les gens charmants. Le matin, nous allions à l’école avec nos correspondants. L’après-midi, nous nagions dans le lac qui bordait la ville ou visitions les environs. C’était la première fois que je passais des vacances seul, sans mes parents. C’était la liberté.

L’expérience ayant été concluante, je me suis donc retrouvé dans la Sarre à Merzig lors des vacances de Pâques de l’année suivante. J’ai été accueilli dans la famille Schommer. La famille était catholique pratiquante. Herr Schommer était une sorte de sous-préfet affilié à la CDU. Frau Schommer était mère au foyer. Ils avaient deux enfants. Michael avait un an de plus que moi. Christian était le plus petit. Il avait une bouille de poupon. Cette famille était vraiment charmante. J’ai beaucoup appris en leur compagnie. Nous nous sommes liés d’amitié. Je me souviens des repas. Nous débutions toujours les repas par le bénédicité. Ils souhaitaient toujours que je le récite en français. Je ne savais pas trop quoi dire et je racontais souvent un maximum de conneries.
Je me souviens que Michael avait un « Oric Atmos ». C’était le super ordinateur de l’époque, après le « ZX Sinclair ». On pouvait programmer en basic. Il suffisait de relier la bête au téléviseur via la prise péritel. Je ne pouvais pas en avoir un à Paris car nous n’avions qu’une vieille télévision pourrie en noir et blanc sans prise péritel au cul. Je me souviens des après-midi passés devant la ZDF, l’ARD et RTL plus.

L’été suivant, j’ai encore changé de région et ai atterri près de Cologne chez des Ténardiers, à Hennef Gestingen. Mère et père psychopathes. 14 enfants adoptés. Tous plus ou moins débiles. Tous des connards. Nous dormions dans un dortoir. Cela sentait toujours la pisse. Ils avaient pris 3 français en même temps. Nous étions donc 17 mômes dans la baraque. Je n’ai jamais mangé une seule fois à table. Il fallait préparer sa bouffe et remonter manger dans la chambre sur son lit. Un rejeton encore plus taré que les autres travaillait dans un hôpital. Il devait être agent hospitalier. Il ramenait tout plein de trucs de l’hosto. Il nous avait emmené une fois. Il fallait pénétrer dans le local à ordures et récupérer le plus de conneries possible. Nous sommes sortis avec des sacs remplis de grosses seringues et avec un nombre considérable d’instruments venant de l’espace. Nous avons tout nettoyé une fois à la maison. C’était chouette, nous avions de nouveaux jouets. On pouvait s’arroser avec les grosses seringues de 50 ml. Cool. Quand j’y repense, j’en ai froid dans le dos. Follie ! Follie ! comme le dirait cette bonne vieille Violetta. Les normes sanitaires de l’époque n’étaient franchement pas les mêmes que celles d’aujourd’hui. Les instruments tranchants n’étaient pas déposés dans des récipients spécifiques. Se rendre en Allemagne pour quinze jours et revenir plombé par une hépatite, le HIV, ou n’importe quel virus ou sale bactérie. Trop fort.
J’ai finalement passé 15 jours avec des français et n’ai pas fait beaucoup de progrès en teuton cet été là. J’ai appelé à l’aide maman qui a débarqué au bout de 10 jours. Elle avait pris une chambre dans un hôtel près de la maison. Nous avons passé 5 jours ensemble à visiter la région.

Tous les ans à Pâques, je retournais chez Frau und Herr Schommer. Les étés, je changeais de famille. Je suis donc passé par Aachen, Hannover, Hamburg ou Bremen. J’ai rencontré à chaque fois des gens délicieux (bah, excepté à Hennef). J’étais passionné par l’Allemagne et sa culture. Je passais tous les mercredis après-midi dans les locaux de l’association pour y prendre des cours. Je partais même au ski dans le Tyrol.

Figure 1 : Impacts de Chondre en territoires germanophones (1983-1990)

Viva Germania

NDLR : Les étoiles rouges n’indiquent pas les bases militaires américaines mais les lieux de mes différents séjours entre 1983 et 1990.

En rentrant à la fac, je n’ai plus pratiqué cette belle langue. J’ai véritablement appris l’anglais en matant MTV et la BBC, et surtout en débarquant à l’INSERM ou la langue officielle du laboratoire était celle de Shakespeare. Nous parlions tous avec un accent universel. Il y avait des Indiens, des Israéliens, Brésiliens, Chinois, Allemands, Italiens. L’ambiance était formidable. Un véritable espace de tolérance et d’apprentissage.

Aujourd’hui, lorsque je souhaite m’adresser à un collègue allemand, je lui parle en anglais. C’est vraiment très con. Je comprends encore grossièrement, mais je suis plus capable d’écrire ou de parler un seul mot en allemand.

Es ist wirklich sehr traurig. Ich will wieder deutsch sprechen!

Je crois que je vais aller à la recherche de mon vieux bouquin d’allemand et retrouver mes vieux copains Rolf et Gisela.

Naked cow-boy (suite et fin)

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Ouhaaa trop fort. Le naked cow boy a un site internet. On peut même le trouver en compagnie des jumelles Olsen. Je suis trop fier d’avoir rencontré une telle vedette sur Time Square.
Un livre de prières est également à la disposition des visiteurs. Avec un peu de chance, il passera bientôt par la France.

A la demande générale (enfin, à ma demande), voici deux nouvelles photographies du cow-boy le plus viril de l’ouest. Quel homme!

yeah manyeah man

New-York New-York

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Je me souviens de ce mois d’octobre 2001. Nous avions prévu d’emmener ma grand-mère à New-York pour ses 90 ans. Elle s’était laisser convaincre. Sans peine. On lui avait proposé d’émigrer aux Etats-Unis dans les années vingt. Elle était pupille de la nation. Son papa s’était fait flinguer dans le dos par un anglais qui l’avait confondu avec un allemand quelques jours avant la fin de la guerre en 1918. Pas de bol. Elle avait toujours eu envie de mettre un pied à NY.
Nous sommes arrivés face aux guichets d’enregistrement. Un policier a vérifié nos passeports. Maman ne s’était pas assurée que le passeport de mamie allait se périmer pendant notre séjour. Elle ne pouvait pas partir. Ma maman m’a alors demandé de partir et de venir les chercher le lendemain à Kennedy Airport. Cela ne devait pas poser de problème pour refaire un passeport en urgence.

Ben si, justement.

Mamie avait un passeport émis en province et il fallait un minimum de 15 jours pour en émettre un nouveau.

J’ai flippé pendant tout le trajet. J’étais assis à côté d’une hystérique. Le lexomoule ne faisait pas d’effet. Nous étions en période de bonne grosse psychose et il restait encore de nombreuses tours à shooter. Je suis resté seul pendant une semaine à cloper comme un pompier et à bouffer de bonnes grosses merdes dégoulinantes de graisse. J’en ai également profité pour me balader dans des endroits inouïs que je ne connaissais pas. J’ai notamment fait la connaissance du « naked cow-boy ». Un gars qui chantait comme une truie mais qui en avait vraiment plein le slip.

Je me demande s’il ne bossait pas pour Ramon. Je vais poser la question à Tritinh.

et hop

Muriel

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C’était il y a quelques années. Muriel nous avait invité à son anniversaire. Muriel est la sœur de Moustic. Elle sortait encore une fois d’une crise. Nous pensions qu’elle était sur la bonne voie. Pas de la guérison. Ce n’était pas possible. Elle était en permanence sous camisole chimique. Ses grands parents lui avaient acheté ce bel appartement dans le 9ème arrondissement. Elle ne souhaitait pas être seule et le partageait avec une colocataire. Quelques mois auparavant elle avait ramené une bande de mecs du café du coin. Pendant qu’un type la pelotait sur son lit après l’avoir fait boire, les autres vidaient l’appartement. La colocataire s’était enfermée dans sa chambre. Elle a quitté l’appartement le lendemain. Affolée.

Muriel avait l’habitude d’appeler à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Si le téléphone sonnait à 4h du matin, c’était Mumu. Elle n’appelait pas suite à un problème. Elle appelait juste pour me raconter sa journée. L’argent n’avait pas de valeur pour elle. Elle était capable de claquer 20.000 balles en petites culottes. On lui avait récemment retiré son chéquier et sa carte de crédit. Qu’importe. Elle mentait et parvenait a soutirer de l’argent à n’importe qui. Sa famille avait beaucoup de moyens et elle le savait.

Le jour de son anniversaire, tous les poivrots du quartier se mêlaient à la famille et aux amis. L’appartement sentait le gros rouge qui tache. Moustic était dépité. Il ne le montrait pas. Nous avions tous l’habitude. Ils avaient organisé une grande loterie. Chacun tirait un papier au hasard. On pouvait gagner des boites de conserve de foie gras ou de confit de canard. Nous ne nous sommes pas attardés.

Le jour de l’enterrement de son père, Muriel était hystérique. Elle n’avait plus de parents. Elle était désormais orpheline, tout comme ses deux frères. Sa maman s’était suicidée lorsqu’elle était petite. Elle ne s’en était jamais remise. Elle passait entre les gens, le sourire aux lèvres. Elle était heureuse de présenter son nouvel ami, rencontré à l’hôpital quelques semaines plus tôt. Elle s’est soudain présentée devant sa grand-mère.

«Grand-mère, voici H. Je l’aime et nous allons bientôt nous fiancer ! ».

H semblait aussi dépressif que Muriel. Il était aussi vif qu’une huître mais il avait l’air gentil. Nous avons bien failli voir sa grand-mère défaillir. Deux morts dans la journée, c’était moyen.
H s’est cependant révélé être apaisant pour Muriel. J’ai cru comprendre qu’ils souhaitaient réellement se marier. Je n’ai plus de nouvelles de Muriel depuis que son connard de frère a rompu avec nous.

Cela n’a rien à voir mais j’ai lancé aujourd’hui une recherche internet sur ma Kathleen. Et d’après mes lectures, la Kathleen serait une bonne grosse salope de chez salope. Même po déçu.

L’école (II)

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J’étais dans le métro. Nous étions en septembre 1981. J’avais passé près de deux mois en Espagne chez François. C’était le jour de la rentrée. Maman et moi avions pris la ligne 11. Il fallait changer à République puis prendre la ligne 5 en direction d’Eglise de Pantin pour rejoindre la Gare de l’est. Je m’étais fait tirer les oreilles. J’avais deux ongles sales. Il fallait faire bonne impression. Ce n’était vraiment pas admissible.
Nous sommes finalement arrivés rue de Chabrol, devant le Cours Bossuet. J’allais y passer de très longues années jusqu’au Bac. Il y avait beaucoup de monde. L’école était très grande, bien plus grande que Saint-Jean Baptiste. Il fallait longer un long et étroit chemin bordé d’arbres pour arriver devant l’école. Il y avait un joli jardin au milieu. Tous les enfants étaient réunis devant le bâtiment principal. J’ai entendu mon nom. J’étais affecté en 6ème Mauve. C’était comme à l’armée. Je n’avais pas envie de parler. J’étais très timide. Je ne me souviens pas du nom de mes camarades, sauf de celui de Bénédicte. Elle m’avait donné un cochon d’inde. C’était mon premier animal de compagnie. Je n’ai pas aimé la 6ème Mauve. Je n’avais plus de repère. Le soir, je prenais le métro ou le 26 pour rentrer à la maison. Je n’avais plus de nourrice. Maman rentrait de l’hôpital vers 23h30. J’étais endormi depuis très longtemps.

L’école

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C’est en lisant certains billets de Samantdi que je me suis soudainement souvenu de cette époque. J’étais tout petit. J’étais en Corrèze au début des années 70. J’étais au centre d’une grande salle ou des enfants jouaient, chantaient et criaient. L’école était proche de la caserne des pompiers. Je me suis également souvenu d’un sous-pull en nylon bleu électrique, d’un car blanc ramassant les mômes, d’une institutrice, du Noël ou l’on m’avait offert ma première montre, du train vert qui passait tous les vendredis. J’étais chez mes grands-parents. Adémar aboyait. Je trouvais normal d’être en compagnie de Papy et Mamy.

Je me suis ensuite retrouvé à Paris. Maman et moi habitions un petit deux pièces au septième étage (je me souviens d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitreuh…). Mon arrière grand-père paternel avait été architecte de l’immeuble au début du siècle et la tante de mon père habitait encore au troisième étage. Elle nous avait obtenu ce petit appartement. Maman avait quitté papa. Elle avait retrouvé un poste à l’hôpital Tenon. Il y avait une télévision blanche posée sur un grand pied se terminant en trompette. Nous pouvions regarder trois chaînes. Maman avait mis des protections aux deux fenêtres car j’étais somnambule. Mamie nous avait acheté une grosse couverture marron.
Je me souviens de cette rentrée en maternelle à Saint-Jean Baptiste de Belleville. Je pleurais. Je pleurais très fort. J’étais triste. Je ne voulais pas quitter maman. Tous les enfants avaient été regroupés sous le préau. Il pleuvait et il faisait sombre ce matin là.
Je me suis également souvenu du primaire. Mademoiselle Parrot, Madame Dimnet, Madame Issaly, Monsieur Renard, Monsieur Roudolf. Ces personnes avaient toutes ponctué ma vie du cours préparatoire au CM2. Il y avait aussi une vasque gigantesque qui distribuait de l’eau en permanence. Nous étions partis en classe verte à Quiberon en CE2. Maman nous avait accompagné. Nous avions pris un train de nuit pour Auray. Nous sommes restés trois semaines. Il faisait beau. L’établissement s’appelait le home des pins. Je me rappelle des kermesses de fin d’année. Il fallait toujours préparer un spectacle. J’attendais avec impatience cette journée.
J’avais des amis. Mon meilleur ami s’appelait François. Ses parents étaient espagnols. Nous étions inséparables. Nous partions toujours en vacances ensemble. J’ai pensé également à Christian, Laurent, Nathalie ou Xavier. J’étais plutôt bon élève. François avait du mal.

Nous nous sommes tous séparés après le CM2. La grande école nous ouvrait alors ses portes.

Friday night fever

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Snooze souhaitait organiser une soirée année 70 afin de réunir ses amis, ses proches et ses cousins. Tous les ans nous avons droit à cette fameuse soirée. Comme toujours, cette fameuse soirée est remise à plus tard. Il semble incapable de mettre sur pieds un tel événement. Le couillon.

J’ai contacté une petite partie de ses amis au dernier moment. J’ai proposé d’organiser une petite apérobouffe en comité très réduit à la maison. Prévenue au dernier moment, une petite moitié s’est désistée. Après avoir annulé la soirée, j’ai renvoyé un mail pour solliciter à nouveau une partie de ses amis. L’organisation devenait très compliquée. Je souhaitais lui faire une surprise. J’ai posé mon jeudi après-midi pour faire quelques courses et commencer à préparer le repas. J’ai également posé mon vendredi après-midi.
J’ai beaucoup de travail en ce moment à l’agence. Je suis arrivé de très bonne heure vendredi matin. Je souhaitais régler un maximum de choses. Vers midi, une collègue entre dans mon bureau et commence à me parler en anglais. Elle ne me parle jamais en anglais hors réunion. Nous devions recevoir une firme entre 16h00 et 18h00. Putain. J’avais complètement oublié ce rendez-vous. Je n’étais pas rasé et portais un vieux jeans, un T-shirt et des grosses Doc Martens crasseuses. Je me suis empressé de courir dans le bureau de mon boss pour lui refiler le bébé. Manque de chance, il avait une autre réunion à la même heure. Re-putain. Je lui explique alors que j’attendais une bonne dizaine de personnes ce soir à la maison. Il me propose de rentrer chez moi pour commencer à tout préparer et revenir au boulot à 16h00. Je n’avais pas préparé la réunion et suis resté comme un gros gland au bureau. J’ai pesté et ronchonné. Re-re-putain.
Juste avant la réunion, je tente d’appeler Snooze. Sa collègue décroche à sa place. Elle m’explique alors qu’elle avait demandé à Snooze si cela lui faisait plaisir de voir ce soir Alexandre à la maison. Je lui ai demandé de répéter. J’avais bien compris. En gros, je m’étais cassé le cul pour rien.

Je suis arrivé à la maison à 19h00. Il est arrivé vers 20h00. J’avais encore les mains dans la farine et tout l’appartement sentait la bouffe. Il a commencé à sourire. Une seule solution.

Bon, d’après mes sources, tu sais qu’Alexandre passe ce soir. D’après ce que tu vois dans la cuisine, il ne sera pas seul. Pourrais-tu m’aider à ranger l’appartement avant que nos convives n’arrivent ?

Les invités sont arrivés vers 21h00. Nous étions une dizaine. J’avais fait une gaffe. Alexandre et Caroline semblaient en grand froid avec Jérôme. Re-re-re-putain. Je ne le savais pas. Caroline a passé une bonne partie de la soirée en ma compagnie dans la cuisine. Mimi Zonzon est arrivée et m’a aidé à préparer le gâteau. La mayonnaise semblait prendre. Je sentais quelques petites tensions entre Jérôme et Alexandre. Rien de bien grave. Tout s’est globalement bien passé. J’avais prévu trop de bouffe. Nous nous sommes bien poilés. Chacun est reparti avec son doggy bag vers 2h00. En attendant la fameuse soirée année 70 l’année prochaine.

Vendredi soir

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Poursuite du Truithon intense. Philou, Anne-Laure et Fabien étaient attendus vendredi dernier à la maison. Je connais Philou et Anne-Laure depuis une dizaine d’années. Ils étaient tous les deux étudiants en pharmacie. Nous les avons rencontrés via Eric.
Anne-Laure a poursuivi ses études de pharmacie par sécurité alimentaire. Sa vraie passion est et restera le piano. Elle est partie suivre les cours du conservatoire de Genève il y a quelques années. Elle dispense maintenant des cours de piano. Nous avons la chance de l’écouter lors de ses concerts. Elle a une préférence pour les compositeurs russes. Anne-Laure est folle. Toujours la tête dans les étoiles. C’est une véritable bohème. Lorsque l’argent vient à manquer, elle fait deux ou trois passes en officine. Elle est naïve, rêveuse et touchante. Anne-Laure est charmante.

Philou est toujours étudiant. Il a passé l’internat et l’a brillamment réussi. Il en a profité pour se lancer dans une thèse de sciences qu’il devrait soutenir en début d’année prochaine. Lui aussi est fou. Il officie depuis peu dans un hôpital au nord de Paris. Il semble passionné par son métier. Il est logorrhéique. Il est véritablement drôle.

Fabien est arrivé en dernier. Il ne connaissait pas Anne-Laure et Philou. Contrairement à la veille, la sauce a instantanément pris. Nous avons commencé par nous souvenir des bons moments passés à la faculté, des connaissances communes. On s’était donné rendez-vous dans dix ans. Nous avons commencé par discuter boulot. Fabien travaille dans l’industrie. Philou, Snooze et moi-même dans le public (nous avons donc une mission de santé publique, contrairement au privé…hu hu hu). Nous avons discuté rencontre, sexe. Nous avons bien dîné. Contrairement à la veille, j’avais essayé de blinder la bouffe. Ce fut un apéro dînatoire. Tout sur la table. On se débrouille. C’était bon. Le vin semblait de bonne qualité. Les bonnes anecdotes et les rires se sont enchaînés. Tout le monde semblait heureux de se retrouver. La soirée est passée à une vitesse folle.

J’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose entre Fabien et le petit Philou. Anne-Laure et Snooze sont également de cet avis. Je me suis éclipsé dans la cuisine pendant que Snooze et Anne-Laure étaient dans le bureau. Ils ont discuté seuls quelques instants. Je les entendais plaisanter.

Jeudi soir

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Le Docteur Nono et son ami Ro Batar’ sont passés à la maison jeudi dernier. Cela faisait des semaines que j’entendais parler du fameux Ro’Batar’. Fabien le connaissait. Snooze l’avait déjà croisé. J’avais hâte de le rencontrer. Ils se sont retrouvés après quelques mois de séparation. Le petit Nono semble très attaché à son Ro’Batar’. Ils forment un beau couple. Ro’Batar’ n’a pas beaucoup parlé. Deux solutions : Il était très intimidé ou il s’est vraiment fait chier.

J’avais essayé de préparer au mieux le dîner. Jolie robe, jolie nappe. Ce fut un semi-plantage. J’avais préparé des choubichmurzs en apéro et sorti une mini-terrine de lapin aux pruneaux (la maxi terrine était réservée pour le lendemain) accompagnée de pain d’épice maison. J’avais également préparé un Cari de poulet accompagné de Riz et sorti une bouteille de vin Rouge.

Nous avons ouvert la bouteille. Rire crispé de Snooze. Pire que du vinaigre. Je sors une seconde bouteille. Putain la vache. Encore pire que la première. Et en plus, ça piquait les yeux. Petites précisions : (i) les deux bouteilles venaient directement de la cave ou elles dormaient tranquillement depuis plusieurs années et avaient donc subi la canicule, et (ii), ne buvant pas d’alcool, je choisi toujours les bouteilles en fonction de la provenance mais surtout en fonction de l’étiquette ou d’un autocollant indiquant que la piquette est bonne car élue médaille d’or par le meilleur sommelier de France dont je découvre le nom. En gros, je n’y connais rien. Mais vraiment rien.

Interlude : Ce qui est vraiment très con, c’est que non seulement je ne consomme jamais d’alcool, mais je suis en plus le seul crétin à ne pas avoir passé son permis de conduire. Fin de l’interlude.

Second plantage. Le Ro’Batar’ semblait faire attention à sa ligne (ben moi aussi mais cela ne m’empêche pas de me faire péter la panse de temps en temps). Entre l’apéro campagnard et le plat « exotique-en-sauce » accompagné de féculents, le Ro’bBatar’ n’était vraiment pas à la fête.

Troisième plantage. J’avais préparé des crèmes brûlées transformées en crèmes cramées après un fâcheux oubli sous le grill. Pauvre Ro’Batar’. Nous avons terminé la soirée avec Elodie Frégé en fond sonore. Comme le dirait Docteur Nono, rhalalalala c’était vraiment la louze.

La surprise du mariage raté

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Je me souviens de ce premier dimanche d’octobre. Il faisait beau. Nous avions rendez-vous à la mairie du XIVème arrondissement. C’était le jour du mariage de Marjorie et Jérôme. Snooze était témoin de Jérôme. J’avais refusé de participer à cette mascarade. Je traînais des pieds pour me rendre à la mairie.

« Nan, j’veux pô y’aller ».

J’ai répété cette phrase une centaine de fois. Snooze commençait à craquer. Nous étions beaux comme des camions. C’était la première fois que je portais un costume. Nous sommes arrivés (pour une fois) à l’heure et avons salué toute la petite assemblée. Nous avons commencé à rentrer dans la mairie. Je me suis immédiatement planqué derrière une colonne. Une jeune femme rousse s’est soudain approchée de moi et a commencé à me raconter sa vie. Je ne la connaissais pas, je ne savais pas d’où elle sortait. Je me suis discrètement dirigé vers Snooze et lui ai expliqué qu’une hystérique se collait à moi et que je ne pouvais pas m’en débarrasser.

Le mariage civil prononcé, nous nous sommes dirigés vers le bois de Boulogne. Jérôme nous conviait dans un restaurant situé sur une petite île. Un cocktail précédait le repas. Je n’avais pas mis mes lentilles. J’étais dans le brouillard et cela m’arrangeait bien. Nous nous sommes petit à petit rapprochés d’Alexandre et de sa compagne que nous ne connaissions pas à l’époque. Nous n’avions pas revu Alexandre depuis la faculté de pharmacie. Il n’avait pas changé.
Nous nous sommes ensuite installés à la table des mariés. Grand moment de solitude. La rousse hystérique était le témoin de Marjorie et était installée à ma droite. C’était Christine.

« Oh putain, c’est pas vrai me suis-je dit in petto en moi-même ».

Planté. Je m’étais planté. Nous avons fait connaissance et nous nous sommes poilés pendant tout le repas. Elle nous a raccompagné avec son tank suédois. Snooze en a profité pour lui proposer de participer à son émission de radio. Elle a accepté. Deux mois plus tard, Jérôme et Marjorie se sont séparés.

Christine est Suisse. Elle est repartie chez les Helvètes en début d’été. Tous ses amis étaient profondément tristes. La semaine dernière, elle est remontée sur Paris. Nous avions rendez-vous au Carpe Diem ce mercredi. Ses amis de la radio étaient présents. Elle avait coupé ses cheveux. Elle semblait nostalgique de sa vie parisienne. Christine n’est pas le genre de personne à s’apitoyer sur elle-même. Humour au troisième degré. Elle a commencé à nous raconter sa nouvelle vie. Nous avons poursuivi la soirée à la cantine des Ginettes armées dans la joie et la bonne humeur. C’est amusant. Je ne connais pas vraiment Christine. Je n’ai pas eu le temps de la connaître. Pas autant que Snooze. Cependant, elle nous a tout de suite adopté. Parfois, il ne faut pas se poser de question. C’est ainsi. Nul besoin de se connaître depuis des années pour se sentir complice et s’apprécier sincèrement.

Nous nous sommes séparés peu avant une heure du matin.

Elle nous a serré et embrassé très fort avant de s’engouffrer dans la bouche de métro.

Madeleine

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Dimanche après-midi, j’ai pensé à elle. Il faisait beau, j’ai regardé le ciel. Elle est partie le 11 mars dernier. Elle est tombée derrière sa porte. Elle se rendait à Paris. Elle était seule. Elle est morte d’un coup. Elle n’a pas souffert. Elle n’avait plus de famille.
Quelques jours avant, le téléphone a sonné. C’était elle. Je n’ai pas décroché. Je ne souhaitais pas passer des heures avec elle à parler littérature, cinéma, opéra ou politique. Je n’avais pas le temps.
Madeleine était une amie de ma mère. Elle portait les marques de sa vie sur son visage. Elle fumait des longues cigarettes. Sa voix était grave. Elle était fantaisiste et joyeuse. Elle avait été traquée pendant la guerre. La petite juive rousse se cachait dans les caves à Paris avec sa famille. Sa mère et sa sœur étaient mortes lorsqu’elle était jeune. Son père est parti il y a une dizaine d’années. Elle m’a fait découvrir l’opéra. Nous assistions aussi à des récitals. Je me souviens d’une représentation de Kathleen Battle à Bastille. Nous aimions beaucoup cette soprano. Elle chantait alors du Bach,

« Vergnügen und lust
Gedeihen und Heil
Wird wachsen und stärken und laben »

Le plaisir et la joie. C’était tellement beau que je me suis mis à pleurer. Je ne pouvais pas m’arrêter. Je voyais les larmes couler sur mon pull en laine. Des larmes de bonheur et de plaisir. Elle a tourné sa tête vers la droite et m’a souri. Elle pleurait aussi. Nous passions souvent des soirées tous les deux. Nous refaisions le monde. Je conservais comme elle les journaux. Nous étions boulimiques d’information.

Je pense souvent à elle. Pourquoi n’ai-je pas décroché ce putain de téléphone.

Je ne lui ai jamais dit à quel point je l’aimais.

Sentiment étrange (II)

Groovy, Shaggy, Wizz, Rencontre Pas de Commentaire »

Mon quotidien a changé depuis que je participe à l’hôtel des blogueurs. Plus particulièrement depuis que je suis revenu de Saint-Pierre. Entre temps, j’avais demandé à Mimi Zonzon de poster deux messages pour moi. Entrer dans une telle aventure est épuisant. Je n’aimerais pas être à la place de Madame Rossignol et avoir à passer presque tout mon été à gérer un tel projet. Heureusement que Monsieur Merle a été présent pour lui donner un coup de main.
Nous avons reçu nos profils. Je suis Igor, un acrobate en rééducation et Mimi est Neurologue. Je sors dans la vraie vie d’une douloureuse hernie discale et Mimi bosse en Neurologie. Si mon personnage avait eu un cancer, la boucle aurait été bouclée.
Je pensais au départ qu’il suffisait juste de poster un billet journalier afin de permettre des interactions entre les différents pensionnaires. Je me suis inspiré de la personne qui logeait avant moi chambre 12. C’était une pétroleuse du nom de Charlène Lopez.
Nanette a heureusement attribué à Mimi Zonzon une chambre mitoyenne à la mienne. Etre présent à Houlgate en compagnie de Mimi fut une chance. Nous avons pu ainsi exister plus facilement et faire rapidement des rencontres. De la femme de chambre au voisin curieux, de l’envoûtante Tri-Tinh au jeune autiste, tout y passe. C’est la vraie vie en taille réduite.
Des affinités se créent avec d’autres participants. Le jeu devient une drogue. Le mot est bien choisi. On est accro.

On allume son ordinateur le matin. On consulte ses messages, regarde les billets des autres résidents, on entre dans le forum. C’est ce que j’ai fait samedi dernier. J’ai pleuré de rire en lisant le message d’Emilie. Elle expliquait notamment que nous avions retrouvé les couilles de Tri-Tinh dans du formol à la cave. J’imaginais la les têtes des autres lecteurs. Nos textes ne sont pas d’une grande finesse mais on se poile bien. C’est la première fois que je ressens une telle émotion via internet.
Des groupes se forment. Il y a de petites frictions, rien de bien méchant. Je suis heureux de suivre cette aventure avec Mimi. Le fait de se connaître nous permet de nous passer du forum et de créer ainsi un effet de surprise. Il est parfois peu motivant de lire des textes préparés la veille via l’agora. Mais comme le dit Nanette, l’intérêt de l’expérience porte tout autant sur le processus d’écriture et de construction du récit que sur la fiction elle-même. C’est la règle du jeu et nous devons la suivre.
Je suis également très content de vivre l’histoire avec Tri-Tinh Wan-Seng. Elle/il réagit rapidement, a énormément d’humour et trouve des photographies délirante qu’elle/il ajoute certainement avec délectation à ses billets. J’espère qu’elle/il possède un blog et ai vraiment hâte de la/le lire. Nous décrivons aujourd’hui un affrontement entre nos deux personnages. Mais l’amour est plus fort que tout. Je me demande bien qui se cache derrière.

Le 15 septembre, l’hôtel fermera ses portes. Je suis triste à l’avance. J’aime ces interactions. J’aime aussi être lu et commenté. C’est très stimulant, excitant et grisant à la fois. J’en garderai un souvenir ému. Madame Rossignol souhaitait diffuser les noms des vacanciers ainsi que les adresses de leurs blogs respectifs. Je lui ai demandé de ne pas publier cette adresse. Elle a gentiment compris et accepté ma requête. La mère Rossignol, elle a la classe, pas comme cette grosse vache de Charlène. Un des objectifs de ce jeu était certainement l’échange entre les différents participants. Il y a en plus de la complicité, de la passion et beaucoup d’humour. Le pari est plus que réussi. Merci Madame Rossignol. Merci pour tout.

Rue Saint-Sauveur

Rencontre 2 Commentaires »

Il y a quelque temps j’ai écris un post sur l’incroyable Fabien. Nous étions invités hier soir à la « Saint-Sauveur pride ». Fabien avait invité tous ses amis et proches chez lui pour une soirée spectacle. Son appartement est très grand. Je pensais rencontrer beaucoup de monde et je ne fus point déçu. Une petite centaine de personnes était attendue. Nous sommes arrivés un peu avant 22h00. Les invités sont arrivés jusqu’à minuit.
J’aime beaucoup Fabien. Cependant, l’idée de participer à cette réunion ne m’enchantait guère. Nous avions reçu toutes les informations pas e-mail et j’avais repéré certains noms parmi les destinataires. Fabien avait invité de nombreuses personnes rencontrées à la faculté de pharmacie. Je n’étais pas impatient de les revoir à nouveau. Les garçons devaient apporter une bouteille de Champagne, les filles un plat de leur choix (curieuse répartition).
Nous sommes arrivés dans le quartier de Montorgueil, avons monté les cinq étages menant à l’appartement de Fabien. Le bruit de la réception résonnait dans la cour. Deux inconnues nous ont ouvert.
Premier soulagement. Il y avait beaucoup de monde et je ne devais pas me présenter à l’ensemble des invités. J’ai rapidement jeté un coup d’œil. Quelques têtes me semblaient familières. Des têtes de con de la faculté que je n’aimait pas franchement (et qui ne m’aimaient pas non plus). Les gens groupes restaient dans leur coin. Les pharmaciens et les médecins étaient au fond de l’appartement. Les homos restaient à l’entrée. Les pharmaciens et médecins homos étaient entre les deux.
Snooze m’a abandonné pendant quelques minutes (une bonnes demi-heure). Je suis resté seul comme un imbécile, ne bougeant pas et ne parlant à personne. J’ai pu observer et écouter les conversations. Un délice. Une armée de trentenaire se retrouvait. C’était un peu comme dans la chanson de Bruel. On s’était donné rendez-vous dans dix ans.

-Salut chérie, ça fait longtemps
-Tu bosses ou
-Ah… tu est à l’enregistrement chez ce petit labo ? (silence)
-Peux-tu me répéter son nom ?
-De mon côté, je bosse au service marketing de Roche
-C’est un grand labo, mais l’esprit est si familial.
-Trois enfants, mais comment fais-tu ?

Autre point de satisfaction. Les ex-partenaires de faculté avaient bien grossi. Un petit double menton par-ci, un gros ventre par-là. Les bagues de mariage semblaient coincées entre deux bourrelets graisseux aux annulaires. Les femmes ressemblaient à de vieilles bourgeoises coincées. Les hommes semblaient usés. J’ai finalement rejoint Snooze. Il parlait théologie avec un curé.

Fabien nous a indiqué que le spectacle se déroulait dans la cour. Tout le petit mode est descendu. Il a commencé par interpréter trois chansons de Barbara. Il portait une longue robe et une affreuse perruque noires. Longs applaudissements. Une femme a ensuite interprété du Schubert. La belle sœur de Fabien a offert un spectacle de danse africaine. Je me faisais chier. Je suis remonté, ai pris mon sac et suis rapidement rentré à la maison.

Un truc me faisait marrer dans le metro. Snooze souhaitait initialement chanter la « fameuse » chanson de Sheila « Patrick mon chéri » devant les invités. Heureusement pour lui, il a renoncé au dernier moment. L’assistance n’aurait pas spécialement apprécié. Sauf moi peut-être.

La famille

Miam, Rencontre Pas de Commentaire »

Dimanche dernier, Paulo, le grand-père de Snooze, a fêté ses quatre-vingt-cinq ans.

Paulo a réuni toute sa famille pour cette grande occasion. Il a également convié des amis de sa génération et des amis résistants. Paulo est communiste depuis la guerre. Sa femme l’était aussi. Mamée est décédée un 24 août. C’était aussi le jour du mariage de Julien, le frère de Snooze.
J’ai été invité en tant que conjoint. Trente-deux personnes sont attendues au restaurant. L’établissement est à quelques kilomètres de la maison de Paulo.
Nous nous étions donné rendez-vous à dix heure en bas de notre immeuble. Nous sommes arrivés à 10h02. Ce retard a semblé contrarier la sœur de Snooze. Nous arrivons finalement un quart d’heure avant l’heure du rendez-vous gare Saint-Lazare. Nous devions retrouver Robert, cousin allemand, Marion, cousine de Snooze, et Manuel, le fils de la dernière compagne de l’oncle de Snooze. Nous nous retrouvons et montons dans le train. L’ambiance semble un peu tendue. Chacun semble chercher quelque chose à dire à son voisin.
Paulo et Julien nous attendent à la gare et nous conduisent directement au restaurant. La famille arrive petit à petit. Marine et Clément, les deux autres cousins, arrivent avec leurs parents. Ils sont joyeux. Marine adore son grand-père. Elle semble très protectrice. Les deux petits enfants sont taquins. Ils avaient un temps souhaité faire médecine comme leurs parents. Quand Clément était plus jeune, il voulait « faire comme Maman : se lever tard et bien gagner sa vie ». Ils n’ont pas eu la chance de passer en seconde année, mais semblent avoir trouvé leurs voies. Clément vient de passer une année en Australie. Marion est maintenant journaliste. Ce sont deux bobos. Je les aime beaucoup.

Tous les invités sont présents, sauf Tinh, la mère de Manu. Tinh était la compagne de Jean, le fils de Paulo et donc l’oncle de Snooze. Ils vivaient ensemble, mais Jean n’avait jamais pu divorcer. Ils est décédé il y a quelques années de cela. Les choses semblent s’être mal passées entre Marion et sa mère, et Tinh.

Le reste des convives arrive. Tout le monde se présente.

« Je te présente Chondre, l’ami de Snooze »
« Bonjour Madame »
« Ah, vous êtes un ami du petit fils de Paulo, c’est bien cela ? »
« Oui Madame, enchanté de faire votre connaissance »

Une grande table en u est dressée. Paulo est au centre, entouré de ses deux filles. Les anciens se trouvent à sa gauche, les plus jeunes à sa droite. Marine, Clément, Aurore (l’amie de Clément) et Manu se débrouillent pour être assis ensemble. Ils se retrouvent au bout de la table des vieux. Marine est assise à côté de Marius.
Je suis assis à côté de Snooze et face à Robert et Marion. Je n’ai rien à leur dire et je cherche constamment mes mots. Ils n’ont pas plus de chose à me dire. Les banalités défilent. Snooze fait des allers-retours entre notre table et celle de Marine et Clément. J’aurais bien aimé être en leur compagnie. Nous avons passé une délicieuse soirée ensemble il y a quelques mois.

Le repas est gargantuesque. Les pauses cigarette se succèdent. Il est près de 17h00 et nous passons enfin au dessert. Paulo fait un émouvant discours. Il parle de sa famille allemande, du nazisme, de son passé. Il est très fier de Robert. C’est un brillant avocat qui vient de réussir son agrégation. Il est tout jeune et déjà Professeur en droit. Tout le monde applaudit.

Nous rentrons finalement dans la maison familiale. Tout le monde prend ses aises. La chaleur est tombée. Le temps est agréable et la famille se retrouve dans le jardin. Les arrières petites filles vont à la chasse aux prunes. Les cousins semblent complices. La troupe se sépare en début de soirée. Tout le monde s’embrasse et promet de vite se revoir. J’aime bien cette ambiance. Cependant, je ne me suis pas senti à ma place. Ce fut un sentiment curieux. Je ne peux pas le décrire.
Les parents de Snooze nous ont raccompagné sur Paris. Ils ont également raccompagné Manu. Je suis très heureux d’avoir fait sa connaissance. C’est un ovni. Il est interprète pour un député finnois au parlement européen à Bruxelles. Il parle couramment le finlandais, l’anglais, le suédois, le russe, l’allemand, l’italien et bientôt le polonais. Il a une passion pour la grammaire. Il est resté boire un verre à la maison. Nous avons discuté et j’ai vraiment apprécié sa compagnie. Il est modeste, très cultivé, curieux de tout, attentionné et très calme. J’espère pouvoir avoir l’occasion de mieux le connaître.

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