Merci de prendre un comprimé de Paracétamol ou d’Ibuprofène avant de lire ce billet.
Tout le monde a entendu ou lu cette information: Les vaccins dirigés contre la grippe H1N1 seraient dangereux, la santé de dizaines de millions d’européens serait menacée. Fabriqués dans l’urgence, ces vaccins auraient été mis sur le marché sans avoir été testés. Fraude de l’industrie pharmaceutique, aveuglement des pouvoirs publics, nous serions à l’aube d’un scandale de la même ampleur que celui du sang contaminé ou des hormones de croissance. Nous allons tous mourir dans d’atroces souffrances. Et tout cela à cause d’un virus qui aurait été mis au point par les services secrets Américains ou Russes, ou encore par un groupe terroriste basé au proche Orient.
Oui, tout le monde en parle, mais malheureusement sans grande légitimité. On donne même la parole à des crétins décérébrés travaillant dans les hôpitaux, crétins en blouse blanche qui clament haut et fort que, ayant un doute sur le vaccin, ils ne sont pas prêts à recevoir le vaccin. La boucle est bouclée. Si le personnel soignant a des doutes, pourquoi le quidam lambda prendrait-il le moindre risque? Trop tard, la rumeur est lancée. Les collectifs anti-vaccin H1N1 entrent dans la danse, amplifient et déforment l’information, bouclant ainsi la boucle. Car la théorie du complot a de nombreux adeptes, et l’industrie pharmaceutique demeure une cible idéale. Oui, les fabricants de médicaments brassent des dizaines de milliards d’euros, oui ils sont incontournables, oui la santé est certainement l’un des sujets principaux de préoccupation: tout le monde a un avis sur la question, tout le monde sait quelque chose, et tout le monde est persuadé que des choses sont cachées.
Récemment, deux individus ont interrompu des émissions télévisées réalisées en direct. Si l’un à classiquement clamé que les fameux vaccins anti-H1N1 étaient des poisons, l’autre souhaitait attirer l’attention des téléspectateurs sur le fait que les laboratoires pharmaceutiques avaient découvert un traitement contre le cancer mais le cachaient à la population pour d’obscures raisons. Mercredi dernier, un spécialiste de la spécialité indiquait même que le SIDA n’existait pas et que les patients ne mourraient pas du virus inoffensif, mais uniquement des effets indésirables causés par les différents traitements. Beaucoup sont ainsi persuadés qu’il est très facile de commercialiser un médicament. Peu réalisent que sur les centaines de milliers de principes potentiellement actifs découverts, seule une poignée aura la chance d’obtenir un agrément. Une bonne dizaine d’années s’écoule généralement entre cette découverte et la mise à la disposition du médicament, entre les nombreux essais chez l’animal, la recherche de la dose, et enfin les études cliniques. Temps, matière grise, énergie et argent dépensés sont considérables. Quant à la fameuse autorisation de commercialiser, elle est longue, minutieuse, indépendante, très stricte et souvent restrictive.
Tout cela a un coût immense qui ne cesse d’augmenter avec le temps. Les budgets Recherche et Développement n’étant pas extensibles, plus le temps passe, plus le développement d’un médicament coûte cher, et moins de médicaments sont mis sur le marché chaque année, sans compter sur la durée très limitée des brevets, huit petites années. D’autre part, l’industrie pharmaceutique est une industrie comme les autres qui obéit à la loi du marché. Pourquoi ainsi en vouloir aux laboratoires de faire des profits? Quant aux éventuelles fraudes, elles demeurent très risquées car elles sont à un moment ou à un autre mises à jour. Le jour ou un laboratoire est pris la main dans le pot à confiture, son cours en bourse dévisse rapidement, et il devient rapidement une proie accessible pour la concurrence.
Mais qui sont finalement ces personnes qui lancent de fausses informations?
Elles appartiennent à trois catégories d’individus: (i) les dingues, (ii) les escrocs, et enfin (iii) les terroristes de l’industrie et du marketing (qui sont à la fois digues et escrocs). Ainsi une fausse rumeur concernant un antidiabétique a-t-elle circulé l’année passée. Le produit en question pouvait être responsable de l’apparition de cancers. Même si l’information était fausse, le titre du laboratoire a immédiatement plongé de près de 13% en bourse.
Certaines personnes désespérées sont naturellement prêtes à tout tenter pour guérir de maladies malheureusement incurables. Il suffit ainsi d’associer “traitement” à “alternatif” ou “naturel” sur Google pour tomber sur une multitude de sites vantant les vertus de produits dits miracles. Le professeur X prétendu spécialiste en phytothérapie, propose ainsi sur internet un traitement complémentaire pour soigner et prévenir le cancer du poumon. Sa préparation est simple:
3-4g de guimauve officinale (Althaea Officinalis)
3-4g d’ortie (cela donne environs une pincée)
0,5 litre d’eau
Faire bouillir l’eau et y mettre la mauve+l’ortie, puis laisser bouillir 4 minutes environs à feu doux. Laisser tiédir puis filtrer. Boire ensuite de temps en temps.
Le grand professeur Y, propose de son coté un traitement complémentaire pour “soigner” et prévenir le cancer du sein.
Préparation: pour un jour
Plonger 10g d’achillée millefeuille dans deux verres d’eau portée à ébullition, laisser bouillir 5 minutes à feu doux. Boire 1 verre matin et soir à jeun.
A midi après avoir mangé boire un verre de tisane de millepertuis (Hypericum perforatum).
Le soir après avoir mangé boire un verre de tisane de romarin plus Fleur de sureau.
La nuit à 22 heures boire un verre de tisane de lavande Stéchade appelée aussi lavande papillon ou lavande à toupet plus du houblon.
Continuer cette cure pendant 45 jours.
Sans compter sur les tarés du bulbe qui recommandent d’arrêter la prise de traitements ayant démontré une efficacité. On peut ainsi lire :
Rappelez-vous seulement que 90% des gens qui ont suivi l’avis d’un médecin et ont reçu une chimiothérapie sont au cimetière.
Plus tôt vous commencerez et plus tôt vous aurez vaincu le cancer. Les gens jeunes guérissent plus vite que les personnes âgées, mais cela vous aidera à n’importe quel âge. Je le sais parce que j’ai 80 ans et que je prends cette poudre depuis trois ans. Aucun cancer n’est revenu et il n’y a aucun effet secondaire sauf quand mon corps a eu assez de produit, il me le fait savoir car j’ai le coeur qui me brûle. Alors j’en prends un peu moins. Certaines personnes ont des douleurs d’estomac quand ils nécessitent une moindre dose. Cela signifie aussi que votre cancer est contrôlé et que vous n’avez pas besoin de tant de poudre.Vous allez aussi certainement découvrir que vous n’attraperez pas de rhume pendant que vous prenez le produit à pleine dose. L’ennemi majeur de cette racine est la chimiothérapie. Plus la chimiothérapie est forte et moins la poudre aura de possibilités de vous aider. Il y a seulement 10% de probabilités que la chimiothérapie vous soignera. Sans chimiothérapie , vos chances sont de 75% à 80% mais vous devez prendre la poudre tous les jours. Ne laissez pas le docteur vous inspirer cette vieille peur si vous le contredisez et qui sonnera ainsi “Si vous voulez foutre votre vie en l’air, je ne peux pas vous en empêcher
Ces recommandations peuvent facilement faire sourire.
Cependant, après avoir reçu plusieurs lignes de thérapies systématiquement associées à des effets indésirables souvent graves, un patient en bout de course, est très fragilisé moralement, et naturellement prêt à tenter tout et n’importe quoi pour s’en sortir. Il peut donc facilement se tourner vers des gourous du net. Certains grands babous visqueux expliqueront qu’il suffit de manger de la viande crue pour se débarrasser du SIDA, d’autres que le lait est responsable d’un vilain cancer digestif, qu’il ne faut plus consommer de viande ou enfin que l’aspartame est associé au cancer du cerveau. Tout est ensuite mélangé, associé, repris au conditionnel, médiatisé: guerres (Irak), attentats (Tours jumelles), catastrophes (Haiti, Tsunami), accidents (Tchernobyl). Sans compter sur les poubelopathes qui ont pour la plupart pignon sur rue. Je me souviens encore d’un kinésithérapeute qui tentait de soigner une hernie discale uniquement par l’écoute de chants tibétains et par la diffusion dans la pièce d’encens fabriqué à Katmandou. D’après lui, l’industrie pharmaceutique ne commercialisait que des produits toxiques pour l’organisme, produits nécessitant la prise d’autres produits pour minimiser les effets secondaires induits.
En résumé, soyons positifs. 
Notre existence n’est pas guidée par de sombres complots initiés par l’industrie pharmaceutique, chimique ou agroalimentaire. Soigner les petits bobos du quotidien par du sucre (homéopathie) ou des tisanes ne me pose aucun problème. Pour le reste, il me parait évident d’éviter toute automédication, et surtout de ne prendre uniquement que des médicaments qui ont prouvé une efficacité dans une indication donnée. Il faut juste être conscient que toute prise de médicament, même le plus anodin, est associé à un risque. Pour le reste, il faut toujours demander conseil à son médecin ou à son pharmacien, et surtout éviter de s’en remettre aux publications douteuses disponibles sur internet. Attention enfin aux médecines naturelles dites curatives et non préventives.
Que du bon sens en somme. 










Deux de mes amies m’ont raconté la même histoire à quelques semaines d’écart. Caro s’est rendue dans une maternité des Hauts-de-Seine pour accoucher il y a quelques semaines. Quelques heures après avoir mis au monde une magnifique petite fille, la nature a repris ses droits. Il faut dire que le terrain avait été bien préparé pendant toute la durée de la grossesse. De petites alvéoles situées à l’intérieur de la glande mammaire ont progressivement augmenté de volume sous l’effet des oestrogènes pour le plus grand plaisir du futur papa. La poitrine s’est voluptueusement mis à gonfler afin de préparer la future maman à l’allaitement. L’accouchement et plus généralement la brutale modification de l’environnement hormonal va ensuite déclencher une montée de la production de lait. Cette montée de lait survient généralement à partir du troisième jour suivant la naissance du bébé. Cependant, tout n’est pas si merveilleux au pays de la layette et des doudous. Le nichon peut parfois devenir lourd, chaud, tendu et surtout très douloureux. En résumé, après avoir souffert le martyr pendant l’accouchement, la jolie maman découvre le deuxième effet Kiss Cool: la miche en folie.
Il suffit de rechercher le mot “régime” sur un moteur de recherche pour tomber sur une myriade de sites internet qui proposent tous des méthodes simples permettant de perdre très rapidement du poids. Ainsi Phytolabel commercialise-t-il des patchs miraculeux qui agissent sur les fesses, la taille, les hanches et le ventre, quelque soit l’âge ou le sexe de l’utilisateur. D’après la société, le principe est très simple: Chaque patch contient une quantité déterminée de molécules brûleuses de graisse. Ces molécules minceurs cent pour cent naturelles sont obtenues après extraction et concentration de substances actives de différentes plantes rares soigneusement sélectionnées. Mais la palme revient sans aucun doute à l’institut Dulac qui promet une perte de poids miraculeuse allant jusqu’à 30 kilos. C’est le fameux régime 5K2S (cinq kilos, deux semaines), un régime 100% naturel, 100% efficace, sans contre-indication, sans suivi particulier. La cure 60 jours est vendue près de 50 euros. Il y a également les vrais faux blogs, à l’instar de celui de
Ma grand-mère a passé quelques semaines au sein de sa famille, dans une vieille ferme située au sud de Provin. Nous sommes partis la chercher il y a une quinzaine de jours. Elle venait de fêter son anniversaire et était vraiment fière d’être la doyenne du village, village ou elle a vu le jour il y a quatre-vingt dix sept ans. Nous avons une nouvelle fois eu le droit à un repas de Sardanapale. Être assis pendant des heures à flinguer ses artères et à cultiver des escarres aux fesses ne m’enchante pas plus que cela. Le postprandial est généralement fatal, et longues sont les minutes à tenter de ne pas s’écrouler, la tête la première dans l’assiette à dessert. Qui n’a pas eu à lutter contre cette petite voix pernicieuse qui tente de nous convaincre que nos paupières sont lourdes. Plotch. Trop tard. 




















































