Je tente depuis quelques semaines d’écrire un billet consacré aux médicaments.
Difficile d’avoir un avis neutre lorsque l’on baigne dans le milieu du matin au soir.
Il y a quelques mois, la France découvrait avec effroi qu’un médicament pouvait être responsable de l’apparition d’effets indésirables pouvant être fatals, qu’un principe dit actif pouvait être délivré sans ordonnance, prescrit par un médecin peu regardant, ou encore conseillé à un patient qui n’en a finalement pas besoin. Beaucoup découvraient l’existence de ce fameux médicament en « or » dont on ne doit pas prononcer le nom sous peine de se voir maudit pendant sept générations. Les victimes se comptaient par centaines.
Comment était-il possible que ce type de médicament soit encore sur le marché? Comment pouvait-on prescrire un poison aux patients? Oui, comment et pourquoi? L’histoire a rapidement pris en mayonnaise, l’actualité étant très pauvre en novembre. Tous les quotidiens s’y sont mis, les hebdomadaires également. On se moquait bien des victimes, l’important étant de pondrais titres racoleurs et phrases chocs. Pire que du « France Dimanche » au plus bas de sa forme.
Sans tomber dans le populisme de bas étages, c’est en traversant cette période agitée et stressante que j’ai compris que presse et plus généralement l’ensemble des médias spécialistes en spécialités pouvaient être redoutablement incapables, médiocres et racoleurs. Lorsqu’on connait parfaitement un sujet, ses tenants, ses aboutissants, son histoire globale, on se rend compte rapidement que descriptions et analyses peuvent être honteusement biaisées et bâclées par les journalistes par manque de travail et plus généralement par incompétence.
Oui, le filon était parfait: une crise sanitaire apparemment sans équivalent depuis le scandale du sang contaminé, un sujet porteur, de nombreux morts, la peur, le risque. Seuls « le Monde » et « Libération » ont publié des articles plus ou moins neutres, l’un expliquant comment un médicament était mis sur le marché, l’autre donnant la parole aux accusés privés de défense. Qu’on leur coupe la tête répétait la reine rouge.
Des chiffres annonçant de cinq cents à deux mille morts ont été publiés. Qu’il soit impossible de fournir des données non associées une marge aussi considérable reste un mystère. Bien malheureusement, bien peu d’articles ont été consacrés aux victimes. Sans faire de compassionnel, la moindre des choses eut été de leur montrer un peu de respects ainsi qu’à leurs familles. Pourquoi les médecins avaient-ils prescris ce médicament en particulier? Ces patients représentaient-ils la bonne cible? Car finalement très peu se sont attardés sur le point suivant: ce produit étant réputé pour être un coupe faim, tout le monde le savait, de nombreux médecins le prescrivaient à une population non définie par l’autorisation de mise sur le marché. Mieux, certains pharmaciens le délivraient sans la moindre ordonnance. Quelqu’un est-il capable de connaitre le pourcentage de victimes non diabétiques avec surcharge pondérale ayant correctement reçu le traitement? Combien d’individus souhaitant perdre deux ou trois kilos avant l’été se faisaient honteusement prescrire cette spécialité? Que faisaient médecins, politiques et médias lors des deux dernières décennies, alors que le produit était commercialisé en toute légalité?
Pendant cette période, gouvernements de gauche et de droite se sont succédés. Taper sur les ministres en charge de la santé équivalait à ouvrir la boite de Pandore, l’option était donc exclue. Taper sur l’ordre des médecins ou des pharmaciens était impossible, trop puissants. Taper sur les industriels pourvoyeurs d’emplois, suicidaire. Dire aux français qu’ils ne sont que des crétins et qu’il n’existe aucune pilule miracle pour maigrir était également non tactiquement et politiquement correct. Il ne restait donc qu’une seule option : fusiller les agents en charge de la réglementation pharmaceutique et les rendre responsables de la crise et des morts, déstabilisant de facto le système de contrôle en le fragilisant. En faisant l’avocat du diable, toute remise en cause est saine. Mais à quel prix?
Car oui, la population est crétine. Crétine de souhaiter maigrir sans effort, crétine de se plaindre de la pollution et continuer à fumer, crétine de demander des produits bios et continuer à boire, crétine de croire que les médicaments ne sont pas tous associés à des effets indésirables. L’aspirine, les anti-diarrhéiques, l’ibuprofène, les antibiotiques, tous ont des effets secondaires. Le Paracétamol est très utilisé lors des suicides. Ceux qui sont effarés par l’affaire du M sont les premiers à regretter que le Di Antalvic soit retiré du marché. On se soigne lorsqu’on est malade, après un vrai diagnostic. On doit prendre des médicaments adaptés, à la bonne posologie, au bon moment. Pas surfer sur internet, lire tout et n’importe quoi, se gaver de trucs dangereux, préparer des potions de l’espace pour perdre trois grammes (au mieux) ou encore acheter des œufs de ver solitaire ou une pilule qui fait chier gras.
Très peu d’articles (aucuns) ont été consacrés au système de santé. Peu connaissent son fonctionnement très complexe, et l’un des meilleurs au monde. Les français restent très naïfs en demandant une autorité complètement indépendante des laboratoires, réalisant elle même les études cliniques des nouveaux médicaments. Une telle demande reste utopique : Les études cliniques coûtent plusieurs millions d’euros et incluent généralement des patients issus de nombreux pays. Outre l’impossible réalisation d’études totalement indépendantes, le coût ne pourrait être supporté par la société. Les firmes sont naturellement en charge de ces études : elles travaillent main dans la main avec des centres hospitaliers qui restent le cœur du système de santé. En cas d’évènements indésirables, des centres régionaux captent les différents signaux et lancent (ou pas) des alertes. Et cerise sur le gâteau, il y a longtemps que la France n’est plus responsable de la mise sur le marché des médicaments : Cela s’appelle l’Europe, toutes les décisions sont prises à vingt-sept, et la France ne possède qu’une seule voix.
Il y a deux ans, beaucoup de journalistes critiquaient le gouvernement lors de la crise de la grippe A. Il était alors irresponsable et crétin de dépenser autant d’argent pour vacciner les français. Je reste convaincu que Roselyne Bachelot a eu raison de mobiliser autant d’énergie à l’époque. Bien heureusement, l’épidémie a été bien moins meurtrière que prévu. Il était alors facile, a posteriori, de critiquer l’action du ministre de la santé. Cependant, le pire a été envisagé, et si l’épidémie avait été plus sévère, nous aurions été très chanceux de posséder ces fameuses réserves de vaccins. Ces mêmes journalistes qui critiquaient la gestion de la crise de la grippe A (on en fait trop) font maintenant du beurre avec le médicament dont on ne doit pas prononcer le nom (on en fait pas assez).
L’actualité va et vient. Le filon s’est petit à petit épuisé, remplacé par les marronniers associés aux fêtes de fin d’année, mais surtout à la crise Tunisienne, puis Égyptienne, puis Libyenne, avec un soupçon de crise financière, quelques grammes de cantonales, deux gouttes de présidentielle et un doigt de Marine Le Pen.
Le général le disait déjà à l’époque, les français sont des veaux, et ils ont les médias qu’ils méritent.
12 Commentaires sur “I love drug”





27 avril 2011 à 9:06
Comme souvent le manque d’information est au coeur de la question. On pourrait faire des constats similaires dans d’autres disciplines. Dans le domaine judiciaire – que je maitrise nettement plus que le médical – j’ai en tête quelques affaires où l’incompétence des journalistes mêlée à une tartine de pathos racoleuse a fait s’élever les foules contre des décisions « injustifiables », « honteuses » et pourtant juridiquement imparables. Comment ? Les juges n’ont pas osé franchir le cap et admettre telle solution ? République bananière ! Hé non. Ils ne l’ont pas fait, c’est normal, et c’est même heureux qu’ils se soient tenus à appliquer la loi dans toute sa rigueur. Parce les juges ne sont pas législateur et qu’il existe un principe fondamental de séparation des pouvoirs. Mais personnes n’explique. Personne ne se pose la question de savoir comment tout cela fonctionne ni quel est précisément l’état du droit applicable. Les français sont des veaux, et l’avoine servie par les médias est bonne, comme un Big Mac.
27 avril 2011 à 9:39
Je comprends bien ce que tu veux dire et en même temps, je suis désolé de te le dire, mais tout cela sent le corporatisme à plein nez. J’ai lâché le gros mot… désolé.
Certes je ne suis pas docteur en pharmacie, ni même en médecine, mais je ne suis pas non plus un âne. Il est évident qu’une molécule est une chose active… c’est pas du 9 ch, nous sommes bien d’accord. Un médicament a un principe actif et tout principe actif a des conséquences… c’est quand même la base. On peut aussi s’empoisonner avec des plantes et des champignons, donc ne feignons pas de redécouvrir que la terre est ronde et qu’en plus… elle tourne… Les médicaments ont bien un effet secondaire qui peut soigner et qui, mal pris, peut faire mourir.
Mais tu oublies beaucoup de choses… Car j’imagine que tu connaissais aussi bien le fonctionnement de chez S, qui n’est pas le laboratoire le plus neutre au monde, du point de vue politique, bien entendu. Si tu ne vois pas ce que je veux dire, écoute juste les déclarations de son directeur, cela devrait suffire à te renseigner. Par ailleurs, cette histoire de médicament est une parfaite illustration de la façon avec laquelle le politique a perdu le sens du bien commun. Il suffit de lire la revue Prescrire pour s’en faire une idée. Et cela révèle donc une façon de fonctionner, une façon de faire de la politique, une façon d’oublier le patient… car vraiment je trouves que tu oublies un peu trop le patient dans ta démonstration. Il y a en médecine une base implicite de confiance et tu fais comme si la faute revenait à cet âne de patient qui voudrait maigrir sans effort, et hop une petite leçon de morale, c’est si facile à faire. Moi je lis bien un blog d’un mec qui s’achète une machine pour faire des abdos sans faire d’exercice alors, où est la différence ? JE lis bien un blog d’un mec plus touché par la mort de son chat que par la misère qui l’entoure.
A prendre les gens de haut (et oui, la notion de molécule et de son principe actif reste abstraite pour 90 % de la population), à les prendre pour des imbéciles qui demandent juste à aller mieux dans leur tête ou dans leur corps), tu fais comme Rafarin : depuis ton balcon tu regardes avec condescendance et mépris la France d’en bas. Avec le doctorat de pharmacie, on vous file une carte UMP ?
27 avril 2011 à 10:02
Je te laisse le doigt de Marine le Pen
(pour le plaisir, entends-je d’ici chanter Herbert Léonard) mais ajoute à ton cocktail explosif un soupçon de Fukushima.
Amicalement.
Al.
27 avril 2011 à 10:30
@ Tambour Major: Meuuuuuuh. Purée oui, un bon gros Big Mac.
@ Y: Plusieurs précisions:
Tout d’abord merci d’avoir laissé ce long commentaire, moi aussi je comprends bien ce que tu veux dire.
Oui, je fais certainement comme Rafarin. Je suis snob et méprisant, et j’assume. Je pense avoir cependant pas mal de recul et de deuxième degré dans l’écriture de mes billets, et surtout beaucoup d’humour sur moi même. Je suis moche, médiocre, j’ai le QI d’une moule et je le sais. Basta.
Oui, je m’amuse à utiliser une machine à abdos en complément des exercices réalisés chaque jours, course, vélo, piscine ou abdominaux classiques, car comme tout le monde je suis partisan du moindre effort. Seul bémol, je ne joue pas avec ma santé avec, bien au contraire.
Oui je semble plus touché par la mort de mon chat que par la misère qui m’entoure. Dois-je m’isoler dans une léproserie à Calcutta pour expier mes péchés, je ne pense pas.
Non je n’oublie pas le patient:
« Bien malheureusement, bien peu d’articles ont été consacrés aux victimes. Sans faire de compassionnel, la moindre des choses eut été de leur montrer un peu de respects ainsi qu’à leurs familles »
Non, je ne suis pas corporatiste, pour la simple et bonne raison que je n’appartiens à aucune corporation. Relis une nouvelle fois ce billet:
« Pourquoi les médecins avaient-ils prescris ce médicament en particulier?
Certains pharmaciens le délivraient sans la moindre ordonnance.
Que faisaient médecins, politiques et médias lors des deux dernières décennies?
Taper sur l’ordre des médecins ou des pharmaciens était impossible, trop puissants.
Taper sur les industriels pourvoyeurs d’emplois, suicidaire. »
Non, je ne suis pas pharmacien.
Non, je n’ai pas la carte de l’UMP.
Oui, je suis un crétin, comme tous les français, oui, je suis un veau. Un bon gros bourrin.
Encore une fois, le sujet de ce billet était la désinformation.
Le médicament n’était qu’un prétexte. Désolé de ne pas avoir été assez clair.
A ta disposition pour en discuter.
@ Al West: Que je suis crétin: Fukushima, j’ai oublié Fukushima!
27 avril 2011 à 12:35
@ Chondre : non, tu n’es ni un crétin, ni un veau. Tu mériterais juste un petit bain de boue radioactive (avec les plumes), tiens, ça te ferait peut-être les pieds (en plus d’être excellent pour la peau, NDR)
27 avril 2011 à 17:38
Y. je ne te connais pas mais je tiens à te dire que si l’industrie pharmaceutique est une grosse merde, ton commentaire à toi ne sent pas la rose non plus.
27 avril 2011 à 22:41
No comment pour moi ;-)
Dans tous les cas, la désinformation ainsi que la recherche d’un coupable, le moins embarrassant possible à défaut d’etre idéal est à la base de tout.
Pour finir : tout le monde voit la revue Prescrire comme une blanche colombe vertueuse. Tout ce qui y est publié est loin d’être précis et vrai. Mais ça, personne ne le sait !
28 avril 2011 à 23:10
Chondre, arrête de prendre les gens de haut.. Dois je te rappeler que tu n’es même pas Docteur en pharmacie?…
30 avril 2011 à 12:52
Bah bah bah faut pas non plus généraliser. On peut manger bio et accepter de prendre des médicaments que l’on sait avoir des risques d’effets secondaires comme par exemple le prograf qui a une liste longue comme un jour sans pain d’effets secondaires mais sans qui certains ne vivraient peut être pas longtemps. Ce qui est regrettable, c’est que certains médicaments soient donnés pour tout autre chose que pour ce quoi ils ont été élaborés comme ce fameux médicament sensé faire maigrir et sans réel suivi. (Oups ! Tout à coup je pense à un médicament traitant la lèpre, mais que l’on a prescrit à mon fils lorsque les démangeaisons liées à la bilirubine le rendait fou et qui calmait sa vie admirablement – détournement manifeste de ce pour quoi il avait été mis sur le marché. comme quoi…) Imaginer retirer du marché tous médicaments ayant des effets secondaires à risque est assez crétin. Le tout est de faire la part des choses. Garder ceux qui ont plus d’effets bénéfiques que négatifs, et ne pas privilégier les petits copains proches du pouvoir.
30 avril 2011 à 13:12
@ AlWest: les bains de boue radioactive: les meilleurs pour nettoyer la peau en profondeur!
@ Samantdi: Le pouvoir de la rose

@ Jolifesses: et vive les produits en « or »
@ Miss detective: plutôt une fierté de ne pas être docteur en pharmacie non.
@ Valérie de Haute Savoie: Le Prograf reste un bon exemple. Les immunosuppresseurs sont indispensables, irremplaçables, et pourtant associés à de nombreux effets indésirables. Pour le reste, c’est ce que nous appelons le rapport bénéfice risque.
1 mai 2011 à 21:58
Un de mes vieux patrons de Londres, éminent pharmacologue des années 1960-1980 utilisait souvent ce dicton « if you don’t like drugs, try disease ».
25 juillet 2011 à 13:45
[...] Première étape: siphonner allègrement la caisse d’assurance maladie. [...]