L’histoire de l’affreuse culotte blanche en matières synthétiques
Groovy, Shaggy, Wizz Ajouter un commentaireLe titre de ce billet n’est pas un hymne à Bridget Jones, non. C’est uniquement un hommage tardif à deux affreuses petites culottes blanches en matière synthétique très urticante brièvement portées lorsque j’étais encore élève en primaire et qui me boudinaient un peu les fesses.
Je me souviens parfaitement de cette période. François Mitterrand venait d’être élu président de la République (contrairement à ce que ma Grand-mère paternelle racontait à l’époque, les chars soviétiques n’ont jamais été proches des portes de Paris) et Sophie Marceau triomphait dans la Boum 2. De mon côté, je me préparais à débarquer au collège avec beaucoup d’innocence et d’appréhension. Nous formions alors une joyeuse bande d’élèves à l’école primaire. La plupart se connaissait depuis le cours préparatoire. Nous avions presque grandi ensemble et formions une grande famille. Les classes de notre école s’arrêtant au CM2, nous allions donc être prochainement dispersés en entrant en sixième. Il fallait donc marquer la fin de notre parcours. Nous organisions donc, chacun notre tour, des petites fêtes dans nos appartements respectifs, du simple goûter d’anniversaire un peu pourri en comité(s) très réduit(s) aux premières grandes boums qui déchiraient tout.
Mon amie Stéphanie était le leader incontesté des filles de notre classe. Une sorte de S ou de B dans la série « Gossip Girl » avant l’heure. Plus grande que les autres, plutôt jolie, des yeux de biche, la poitrine en pleine croissance et les hormones qui commençaient à gazouiller, elle se devait d’organiser la première et la plus fastueuse boum de notre promotion. Inoubliable, sa soirée devait-être i-nou-bli- able. Nous parlions bien entendu de soirée pour faire comme les grands. A dix ans, une soirée n’était pas encore concevable et nous devions nous contenter d’un mercredi après-midi. Evoluant dans un milieu très privilégié, elle avait à sa disposition un gigantesque appartement et avait convié l’intégralité des élèves et certains de ses amis proches. Trop classe Stéphanie. Un peu inconscients les parents qui allaient recevoir une cinquantaine de marmots tous plus excités les uns que les autres.
Un petit groupe était arrivé avant les autres pour aider notre hôtesse à décorer son appartement. Papier crépon, papier aluminium, posters géants, draps de couleurs variées, vraies fausses boules à facettes fabriquées artisanalement, ampoules de toutes les couleurs, tout était bon pour créer une ambiance. Les tapis étaient roulés, les meubles rapprochés des murs et les volets fermés. Des saladiers étaient déjà remplis de confiseries et les tables recouvertes de gâteaux ou de boissons sucrées. Côté musique, une impressionnante pile de 45 tours était déposée tout prêt de la platine. Les parents de Stéphanie ne souhaitaient pas s’imposer et avaient prévu de se replier dans la grande cuisine et dans l’une des chambres, et accessoirement de jeter un œil à la fête de temps en temps. Pas cons les bourdons.
Comment passer du coq à l’âne : Je venais tout juste d’apprendre à mes dépends que le porc nécessitait une cuisson particulièrement méticuleuse sous peine de constater qu’un hôte indésirable et fort peu glamour pouvait se développer dans le tube digestif du fin gastronome en culotte courte que j’étais. Horreur, malheur. Ma mère venait de découvrir avec effroi que mes intestins abritaient un ver solitaire très glouton. Elle avait ainsi trouvé de jolis petits anneaux laiteux dans l’un de mes slips avant de le laver. Ce n’était pas bien grave. Plus je mangeais, plus le ver grossissait. J’avais en permanence une corde au cul. Dingue tout ça. La situation m’amusait, même si j’avais un peu peur de perdre mon étanchéité. Mon Dieu, je portais à l’époque au plus profond de moi le régime absolu sans le savoir. Un peu con lorsqu’on est en pleine croissance.
Retour de l’âne au coq : Quelques minutes avant mon départ pour la boum du siècle, ma mère me glissa une culotte de rechange dans la poche de mon affreux pantalon en flanelle de peur que je ne souille celle enfilée le matin. Détail qui a de l’importance. Ma culotte de rechange était identique à celle que je portais.
La mayonnaise a pris instantanément. Le groupe de mouflets surexcités se trémoussait sur des rythmes endiablés. Tout le monde s’amusait et se goinfrait d’acides gras polysaturés. Dans le feu de l’action, j’ai rapidement oublié le cadeau de ma mère. Cependant, je me suis aperçu au bout d’une heure ou deux que j’avais perdu ma culotte de rechange. J’ai bien tenté de la retrouver, mais il était très difficile de se mettre à quatre pattes au beau milieu d’une piste de dance ou même de fouiller l’appartement sous peine de passer pour un fouineur indésirable.
En fin d’après midi, nous avons tous entendu un cri aigu qui provenait de l’une des chambres. La mère de Stéphanie venait de trouver une culotte blanche qui n’appartenait pas à la famille à côté d’un lit. La sentence ne tarda pas : Etant persuadée qu’un garçon et une fille avaient joué à touche pipi pendant la petite fête, elle fit passer un à un tous les invités dans la chambre afin de vérifier s’ils portaient tous un sous-vêtement et ainsi démasquer le coupable. Nous portions bien évidement tous une culotte et le propriétaire ne fut donc naturellement pas identifié publiquement.
Juste avant de partir, elle glissa discrètement dans la poche de mon manteau la fameuse culotte, en m’expliquant dans le creux de l’oreille qu’elle pensait que l’affreux slip m’appartenait car je portais le même. Je n’ai ni infirmé ni confirmé car celui qui se justifie à toujours tort. J’ai juste descendu les escaliers, un peu honteux, et n’ai jamais parlé de cette histoire à personne.
Depuis cette histoire, (i) je déteste toujours danser de peur de perdre quelque chose et (ii) je porte toujours de très jolies culottes, juste au cas où. 
14 Commentaires sur “L’histoire de l’affreuse culotte blanche en matières synthétiques”




























































13 mars 2010 à 10:36
Tu sais, il y a prescription maintenant, tu peux avouer que tu as joué à touche-pipi avec Stéphanie, pas besoin d’inventer une improbable histoire de ver solitaire !
13 mars 2010 à 11:12
Et pendant ce temps – ou à peu près, le caleçon commençait à faire parler de lui, même dans notre Bourgogne reculée. Au point que nous en demandions, mon frère et moi, un pour Nawel, ce à quoi Mamandikoi nous répondit : “certainement pas, si vous ne soutenez pas vos affaires à longueur de journée, elles finiront par pendre de manière irréversible, et c’est très moche”.
Alors nous aussi, on est resté avec “l’affreuse culotte blanche en matière synthétique”
13 mars 2010 à 11:37
Moi j’attends la suite, “comment j’ai survécu à plusieurs mètres de ver solitaire ….” Avec de bien jolies descriptions comme tu sais les faire, ça promet!
13 mars 2010 à 14:04
Finalement, la maman de Stéphanie s’est montrée perspicace et discrète! Crois-moi! ça aurait pu être pire!
13 mars 2010 à 14:22
Ça serait une belle histoire à ajouter à ma collection sur les apparences trompeuses.
13 mars 2010 à 19:54
Prochain billet : la fashion police des dessous. What’s in, what’s out.
15 mars 2010 à 7:51
Notes pour plus tard :
1. les matières synthétiques augmentent l’effet de macération et favorisent les mycoses.
2. Je rejoins Virgile : quel séducteur ce Chondre ;-)))
15 mars 2010 à 10:14
Excellent, le coup du tombeur malgré lui ! As-tu raconté l’histoire à ta mère ?!!
15 mars 2010 à 10:26
Des culottes ????

Mais à ton âge, je portais des slips kangourou moi!
15 mars 2010 à 10:57
Tu m’as fait mourir de rire. Pas bon au bureau
15 mars 2010 à 16:47
Elle avait l’oeil la mère de Stéph quand même !
T’es sûr que c’était en synthétique ? Cela existait ça pour les garçons ?
16 mars 2010 à 14:55
Et tu sors toujours avec une culotte de rechange au cas où par mégarde bien sûr tu perdais celle que tu portes ?
16 mars 2010 à 23:46
C’est très mignon, comme histoire. J’ai eu peur pendant un instant que ça ne vire à l’anecdote de jeunesse hyper traumatisante, mais non ! Décidément, j’aime toujours autant lire ce qui se passe ici ! :)
19 mars 2010 à 13:41
Ah là là, l’époque où les filles s’appelaient Stéphanie…