Tadahhhh, le vaccin contre la grippe saisonnière est enfin disponible.
M6 a consacré une partie de son nouveau petit journal de 19h45 à ce sujet brulant vendredi dernier. Certains téléspectateurs, un peu perdus, ont souhaité être éclairés en posant des questions via internet. Un certain Lionel Gendron, journaliste, a donc répondu aux questions en plein plateau du journal révolutionnaire où la présentatrice est débout et porte un jeans. Il a rappelé que la grippe saisonnière causait la mort de 2500 personne par an en France. Les vieux et les personnes atteintes d’une affection de longue durée sont donc naturellement invités à se faire vacciner pour éviter toute vilaine complication.
Une téléspectatrice un peu plus curieuse que les autres a demandé s’il était possible de se faire vacciner à la fois contre la grippe A H1N1 et contre la grippe saisonnière. Elle n’est pas bonne la question, hein? Lionel Gendron (si si, le journaliste qui se tenait aux cotés de la présentatrice du journal révolutionnaire qui portait toujours son jeans) est soudainement devenu plus sérieux. L’air grave, les sourcils froncés, il a regardé les ménagères de moins de cinquante balais dans les yeux et leur a expliqué qu’il fallait espacer les injections de trois semaines minimum pour que les deux vaccins soient efficaces. Euh, d’accord Lionel.
La raison? Euh. Bah. Grat’ grat’ grat’ (bruit des doigts sur le crâne). Scientifique? Médicale? Surnaturelle? Aucune raison n’est donnée. Trois semaines, c’est sympa. Vingt et un jours, ou 504 heures, ou 30240 minutes. Tout ça tout ça.
Lionel Gendron, toujours debout, a ajouté qu’il pourrait y avoir un effet de nullité entre les deux injections, car le virus de la grippe saisonnière contenait des souches quasi similaires aux virus de la grippe A. Ainsi, si l’on rapproche les deux vaccins dans le temps ils pourraient rendre l’un des deux inefficace. Dingue tout ça. Merci Lionel.
Breuh. On nous parle de souche, de vaccins, de virus, de nullité. Tout est mélangé et rien n’est expliqué. Autant présenter une émission de téléachat. Cela tombe bien, il y en a tout plein sur la chaine.
Traduction: Lorsqu’on injecte un vaccin, il contient de toutes petites parties d’un méchant microbe (virus ou bactérie). Le virus ou la bactérie sont formés d’une membrane. A l’intérieur de cette membrane, on retrouve tout le matériel nécessaire pour que la cochonnerie se multiplie rapidement et sans problème. Le but d’une vaccination est de faire reconnaitre une partie du microbe par les gentilles cellules du système immunitaires, conduisant à sa destruction rapide par d’autres cellules qui jouent également un rôle d’éboueur. Notre organisme contient donc des cellules très sympathiques qui sont prêtes à se multiplier et à niquer les intrus en cas de contamination. Il faut parfois les stimuler pour qu’elles n’oublient pas à quoi ressemble le microbe. C’est pour cela que l’on pratique des piqures de rappel. Pas de rappel pour la grippe car le virus diffère d’une année à l’autre.

Le virus de la grippe saisonnière et le virus de la grippe A H1N1 sont des virus cousins. Cela signifie qu’ils sont constitués de certaines parties identiques. Lorsqu’un individu se fait vacciner contre la grippe saisonnière, il développera quelques semaines plus tard une réponse massive contre le virus de la grippe classique, virus ayant encore une fois certaines similitudes avec la grippe A H1N1. Si le même individu se fait vacciner contre la grippe A quelques temps plus tard en se faisant injecter une solution contenant très peu de virus H1N1 en kit, il risque de voir détruire très rapidement le nouveau vaccin avant de permettre son immunisation, ce nouveau vaccin étant rapidement détruit par certaines cellules déjà stimulées par le vaccin contre la grippe classique. Ou pas.
Ce n’est pour l’instant qu’une théorie et les résultats des études cliniques la confirmant ou l’infirmant ne sont pas encore disponibles. Nous devrions en savoir un peu plus d’ici quelques jours. Quant au respect du délai de trois semaines, personne ne sait vraiment à quoi il correspond. Un peu comme la tradition de ne jamais injecter deux vaccins en même temps dans le même bras. Mis à part le faire que les deux injections risquent de faire un mal de chien, aucune étude n’a démontré une perte d’efficacité.
En revanche, Lionel n’a rien dit sur les vaccins contenant des adjuvants. Rie, nada, queudale. Et heureusement, Yoyo aurait certainement été incapable de nous expliquer le rôle de ces substances.
Pour la faire courte, lorsqu’on ne possède pas une quantité suffisante de “morceaux” de virus pour réaliser un vaccin efficace commercialisé à très grande échelle comme c’est le cas ici, on ajoute à la solution des composés dits adjuvants, capables de faire réagir encore plus vite l’organisme et ainsi booster la réaction immunitaire. Problème. Certains adjuvants ont été rendus responsables de l’apparition de maladies neurologiques (Guillain-Barré) après une vaccination massive contre la grippe porcine réalisée dans les années 70 aux États-Unis. Après avoir traité un tiers de la population, les autorités de santé ont brutalement mis fin à la campagne de vaccination. Traumatisés par cette expérience, les vaccins contre la grippe A cuvée 2009 ne contiendront pas d’adjuvant aux États-Unis, contrairement aux deux produits déjà approuvés en Europe. Cependant, un vaccin sans adjuvant devrait être bientôt disponible. Les femmes enceintes devraient en bénéficier en priorité.
En résumé, se faire vacciner reste un choix très personnel. Cependant, comme toute administration de médicament, injectable ou pas, il demeure un risque, même minime. Je me fais personnellement vacciner tous les ans contre la grippe saisonnière et suis très heureux d’éviter de me transformer en zombie fiévreux un peu dégueulasse et pas très étanche pendant une petite semaine. Je pense donc me faire vacciner contre les deux grippes, à moins bien entendu de me chopper la cochonnerie du siècle avant la mise à disposition du vaccin.
Quant au complot interplanétaire des hommes aux chapeaux noirs travaillant pour le compte des laboratoires pharmaceutiques, c’est une autre histoire. 
13 Commentaires sur “Le plein de connerie”
































































29 septembre 2009 à 8:54
Je suis pas pro vaccin, enfin tout dépend du quel!
Réaction de me futur ex médecin référent: “vous pouvez être contre, mais il faut que vous vendiez la vaccination a votre entourage, comme cela vous serez vacciné”…
CQFD
29 septembre 2009 à 20:57
Pour ce qui est du vaccin grippe saisonnière pas de problème, mais celui du cochon nous a été fortement déconseillé pour les transplantés.
29 septembre 2009 à 21:23
L’histoire du temps d’attente entre les deux vaccins n’a pas de fondement car il s’agit de vaccins inactivés. Ce genre de précaution n’a de sens que pour des vaccins atténués (type fièvre jaune ou ROR). Mais, effectivement, attendons les études pour rassurer Billancourt.
Ce qui est vraiment triste dans cette affaire c’est de voir remonter à la surface, à cause de l’hystérie médiatico-politique, des relents de rumeurs antivaccinales sans aucun fondement scientifique. Il est vraiment dommage qu’à chaque fois que l’on parle de vaccin dans les pays riches, c’est pour ressortir des rumeurs recuites, basées sur des théories du complot de bas étage. Les pays en développement, eux, continuent de voir des rougeoles et des coqueluches qui tuent et comprennent à quoi sert un vaccin. Pour ce qui est des firmes pharmaceutiques, si on prend la peine de regarder les chiffres, on verra que les ventes de vaccin grippe ne représentent que des broutilles par rapport aux chiffres d’affaires globaux de ces groupes, mais, en revanche, énormément d’emmerdements en termes de pressions politiques et médiatiques, jamais bonnes pour le business.
30 septembre 2009 à 11:15
HA BOOOON!
Y’a un vaccin avec des adjuvants et des édulcorants ?
30 septembre 2009 à 14:11
Alors… Je rentre en mode blonde, mais :
si le système immunitaire récemment titillé par le vaccin de la saisonnière peut niquer le vaccin de H1N1, pourquoi il ne pourrait pas niquer aussi le virus ?
Trop de copies ?
30 septembre 2009 à 14:14
Je lis attentivement, ceci dit, en l’absence de terrain propice naturellement à complications, j’aurais tendance à me dire que je préfère choper la grippe plutôt que de courir un risque non mesuré sur les effets d’un vaccin archi récent sur lequel on a pas de recul.
D’autant que je pense bien l’avoir déjà eue, la grippe (laquelle ? on s’en fout), donc…
Mais je continue de te lire attentivement pour essayer de comprendre mieux “ce qu’on nous dit”, alors merci pour tes éclairages !
30 septembre 2009 à 14:22
mais n’est-ce pas une histoire encore plus passionnante, celle du complot interplanétaire ?
30 septembre 2009 à 14:53
PS : je fais lire ton billet à un collègue qui me dit (je cite) :
“C’est vrai que c’est une honte la présentatrice en jeans …. Imagine l’audience en minijupe.”
30 septembre 2009 à 21:20
bonjour
une question que je me pose au sujet des autres vaccins, DTcoq et autres polio, si une mère est vaccinée pourquoi son enfant ne serait pas protégé par les anticorps de sa mère? et donc pourquoi doit il se faire vacciner?
1 octobre 2009 à 11:09
@ The 6L20: quel bon commercial il fait.
@ Valérie de haute Savoie: Je pense que le vaccin avec adjuvant est déconseillé aux populations les plus fragiles. Il faudra malheureusement attendre un peu plus longtemps pour obtenir le second.
@ Sameplayer: Je ne peux qu’être en total accord avec toi.
@ Roselyne B: Roselyne, petite coquine!
@ Fille Aux Craies: exactement ça, trop de copies. Bingo.
@ Anne: je pense que si les bénéfices dépassent les risques, il n’y a aucune raison de ne pas se faire vacciner. Cela marche généralement comme cela en clinique.
@ Prince2rien: Mais oui, des firmes pharmaceutiques qui viennent d’Uranus!
@ Anne bis: ou à poil. je crois qu’une chaîne étrangère a déjà tenté.
@ Nono: Une femme enceinte peut être vaccinée contre certaines maladies. Certains de ses globules blancs produiront notamment des anticorps contre ces maladies et protégeront la mère et l’enfant. Cependant les anticorps sont des protéines qui n’ont qu’une durée de vie très limitée, aux alentours de 3 semaines. Ainsi, passé un mois, le bébé aura perdu une partie de l’immunité transmise par la mère et il devra se faire vacciner à son tour pour produire ses propres anticorps.
1 octobre 2009 à 20:17
Valérie > mes copains greffés vont se faire vacciner, a priori. Pas d’infos sur les adjuvants en revanche…
3 octobre 2009 à 22:27
tu ne nous dis pas à combien de jours d’écart tu vas te faire vacciner, tu considères qu’on peut faire les deux à peu de temps d’intervalles ? Moi je me fais vacciner tous les ans, histoire d’éviter des ennuis, quand un simple rhume me donne 39° de fièvre et dure trois semaines avec perte auditive progresive…
5 octobre 2009 à 12:31
La fille aux craies. Nous obéissons aux ordres du médecin qui suit mon fils depuis qu’il est né. Nous préférons effectivement attendre le vaccin sans adjuvant, ferons faire le vaccin de la grippe classique.