Non. Je ne vais pas pondre un billet sur les jupes trop courtes de Françoise Laborde, sur l’immonde touffe capillaire de Sébastien Folin, ou sur les prévisions météorologiques pourries à sept jours associées à un indice de confiance de vingt pourcents. Je vais aborder le thème de la dépression. La vraie, la couillue, la pathologique, celle qui peut pourrir la vie en profondeur d’un individu lambda et de ses proches et permettre au dernier des spécialistes en psychiatrie de se payer une grosse voiture ou un joli chalet à la montagne: La fameuse dépression nerveuse. Avant d’avoir été l’innocente victime d’un petit mais intense coup de calcaire il y a quelques années, je pensais bien naïvement que cette pathologie n’était qu’un sport de riches. Je voyais certains de mes amis proches tomber comme des mouches autour de moi. Les pauvres chouchous étaient au fond du trou. Ils suivaient une thérapie, et devaient régulièrement faire le point avec leur médecin qui devenaient petit à petit une véritable drogue. C’était très chic. On ne parlait que de cela en soirée. J’en parle à mon psy, mon psy est formidable, sans mon psy je ne serais rien, et blablabla, et blablabla. L’un de mes amis s’était même orienté vers cette spécialité. Ils avaient pourtant tout pour être heureux: poste en or, compagne/compagnon adorable, famille formidable, appartement parisien vaste et douillet, grosse voiture. Au secours Sigmund, sortez-moi de là.
J’ai eu à plusieurs reprises à prendre directement ou indirectement en charge des amis dépressifs. Les débuts sont très étranges. On se sent indispensable. On se transforme en nourrice pour adulte. Il faut être très présent, être toujours aux petits soins, sans jamais juger ou s’ennerver. Le dépressifs a besoin de beaucoup d’attentions. Il doit se sentir compris, entouré, et surtout aimé. Il faut l’occuper chaque minute, le forcer à sortir et à rencontrer d’autres personnes. Il doit être le centre de toutes les regards, sans toutefois lui faire comprendre qu’il est différent ou malade. Le serpent ne doit pas se mordre la queue. la dépression appelant la depression, il faut casser ce rythme et tenter de focaliser l’attention du dépressif sur autre chose ou quelqu’un d’autre. Tout cela est bien entendu impossible au tout début. Cependant, cette étape est indispensable pour retrouver un état plus ou moins normal, avant le prochain passage à vide.
Petit à petit, le vide se comble. Sans s’en apercevoir, le dépressif pompe l’énergie de son entourage, entourage crevé moralement et physiquement d’avoir eu a faire autant d’efforts pour participer à la guérison de l’ami au bord du gouffre. Il est vrai que pendant des semaines vous avez tout fait pour lui changer les idées, brisant le plus souvent votre rythme biologique, frôlant à votre tour un vilain coup de pompe dû au manque de sommeil. Fatigue oblige, vous rentrez dans une phase de raz-le-bol. Le dépressif vous casse les couilles. Le monde semble tourner autour de lui, il commence à se complaire dans la dépression, et s’infantilise dangereusement. Fuyant de nombreuses responsabilités, il n’envisage que le futur proche et pense qu’il trouvera en permanence une personne pour le border chaque nuit ou le torcher. La descente est rude lorsqu’il se rend compte que la vie n’est pas si simple. Il doit se reconstruire, lentement, jusqu’à atteindre le fameux stade, stade béni ou il comprend enfin que la vilaine dépression est derrière lui. Cet état est fragile car un rien peut le faire basculer du mauvais côté. Il faut alors redoubler d’efforts et d’énergie et être à ses côtés, l’épauler et lui donner de légers coups de pied dans le cul. Et surtout résister à l’envie de lui tordre le cou car le crétin ou la crétine vous a épuisé pendant des semaines.
J’ai fait deux minuscules dépressions dans ma vie. La première était éclair et n’a durée que quelques semaines. Je me suis retrouvé un matin vidé, transformé en légume. Il m’était impossible de me projeter dans l’avenir, même le plus proche. Je n’arrivais pas à comprendre ce qui m’arrivait. Il me fallait une médecine d’urgence. J’ai vite compris que la psychiatrie n’offrait pas cette alternative. J’ai trouvé le nom d’un spécialiste dans les pages jaunes et ai obtenu très rapidement un rendez-vous. Ce premier contact fut salvateur. les séances suivantes furent moins intenses. Je m’en suis sorti presque seul, sans médication, et très rapidement. Cette expérience m’a permis de comprendre certains maux de mon entourage, d’être plus à l’écoute et préparé, et surtout qu’une dépression, même minime, n’avait rien de cosmétique ni d’un mal à la mode. La seconde dépression fut différente. C’était il y a deux ans. Je ne me suis pas transformé en légume baveur lobotomisé. J’ai juste perdu l’appétit et ai fondu de plus de dix kilos en moins de six semaines (dépression printanière idéale avant de se retrouver en maillot de bain sur la plage quelques mois plus tard). J’ai alors compris qu’il pouvait quasiment y avoir autant de dépression que d’individus.
En résumé, la dépression est comme la loterie. C’est une vraie maladie qui peut tomber sur n’importe qui, n’importe quand, peut passer inaperçue comme être la plus pénible des périodes. Il faut juste avoir la chance d’être bien entouré, et surtout de savoir entourer les autres, juste au cas ou. C’est aussi l’occasion idéale de connaître ses vrais amis. Seuls les vrais, les durs, résistent à cette tornade, prennent de vos nouvelles et participent à votre rétablissement.
Entre retrouver un corps de rêve et être entouré d’amis fidèles, une bonne dépression de temps en temps, finalement… 
24 Commentaires sur “L’anticyclone”





23 janvier 2009 à 1:32
Oui, c’est formidable pour ceux qui s’en sortent, malheureusement, des milliers ne s’en sortent pas et finissent, finalement par se suicider. Chienne de vie !
23 janvier 2009 à 1:32
Ha ! J’avais oublié, Preums !
23 janvier 2009 à 7:59
Le maniaco-dépressif est une espèce qui vous ferait péter un plomb à votre tour tellement la relation avec lui est complexe. Il sait qu’il est malade et souvent il exige (pour se rassurer) beaucoup de vous, comme une sorte de chantage, éreintant.
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« J’ai alors compris qu’il pouvait quasiment y avoir autant de dépression que d’individus. » Tout à fait d’accord, quand le médecin ne vous croit pas parce qu’il trouve que vous avez la pêche alors que tout est noir à l’intérieur, c’est désespérant.
23 janvier 2009 à 10:24
Tu vois, à refuser d’entrer dans une spirale de « t’as dit ça », « non je ne l’ai pas dit et je ne le pense même pas », j’ai été une bien mauvaise amie puisque j’ai interrompu, volontairement, le dialogue. En me disant que je n’aurais pas l’excuse de la maladie pour avoir dit ce que la colère me suggérait, et que donc me taire serait mieux.
J’ai donc perdu une amie. Il faut croire que je n’en étais pas une si bonne que ça, à n’avoir pas su prendre des voies parallèles ou prendre sur mes épaules des reproches pour des choses imaginaires (qui devaient pourtant sembler bien réelles à l’autre).
J’en suis très triste, et par constat sur ce que je n’ai pas su faire, et parce que j’ai perdu cette personne. Mais en même temps, je sais que si j’étais entrée dedans, c’est L’Amoureux et Cro-Mignonne qui devraient gérer la vie avec une compagne / maman dépressive.
Je crois que je ne saurais jamais quel était le bon choix…
Merci de ton billet, en tout cas.
23 janvier 2009 à 10:31
Pour faire un bon régime, à bas prix, vive la Dep. nerv. !
23 janvier 2009 à 11:46
et puis tu as ceux qui le sont depuis l’age de 7 ans…
23 janvier 2009 à 12:00
tu parles ! faut pas les habituer à se plaindre ! après ils passent leur temps à geindre !
crois en mon expérience : un bon coup de pied au cul et tout rentre dans l’ordre !
23 janvier 2009 à 12:19
Et le pire dans tout ce que tu dis, c’est que la dépression peut concerner n’importe quel individu lambda… aussi hétéro ou homo qu’il soit…
23 janvier 2009 à 13:18
Étant moi-même le fruit d’une mère dépressive je ne te raconte mais pas comme desfois on était vidé à la baraque. Ambiance grand réveillon, cotillons, soirée dansante!
23 janvier 2009 à 15:20
J’adore la touffe de Sébastien Folin, moi!!!
23 janvier 2009 à 19:11
pour moi la dépression m’a fait un effet inverse : l’envie de me jeter sur les gens et bouffer comme un chancre. J’ai quand même réussi à continuer à faire du sport, sinon c’était la bouée géante assurée.
23 janvier 2009 à 23:22
Je rejoins 6L20 sur ce point. Quand tu vas très mal dès ton plus jeune âge personne ne s’inquiète et tout le monde se dit « il est comme d’hab »…Chienne de vie.
Pour ma part, j’ai eu la peau de ma dépression grâce à un outil formidable : La psychanalyse.
24 janvier 2009 à 10:04
Je suis aussi adepte du coup de pied au cul, mais je reconnais que ça ne marche pas avec tout le monde. Il est parfois difficile d’apporter la bonne solution au mal
24 janvier 2009 à 11:17
Encore une fois, votre finesse d’esprit et d’analyse ressortent de ce billet. Bravo.
Et merci, quelque part.
24 janvier 2009 à 11:48
Et pas un seul commentaire sur Mylène Farmer????
24 janvier 2009 à 20:41
Anticyclone ou oeil du cyclone ? C’est vrai que ça peut frapper n’importe qui, pas forcément pour n’importe quoi et, quand c’est possible, trouver quelqu’un encore plus atteint. En rendant confiance à l’autre dans ses capacités à rebondir (l’aider à se revaloriser) on trouve une issue de secours à ses propres atteintes.
25 janvier 2009 à 22:13
Le problème central est que les gens n’arrivent pas à exprimer leurs problèmes (que ce soit devant un psychologue ou-nalyste), alors ils se retrouvent pas aidés, ou alors par un médecin qui s’empresse de leur prescrire du lexo + prozac (c’est plus pratique que de perdre du temps à les écouter), ou alors un psychiatre qui fait de même puisque c’est son boulot …
25 janvier 2009 à 22:23
merci Chondre, tu ne peux pas savoir combien tu tombes bien.
25 janvier 2009 à 23:18
C’est comme être au chômage, le tri des vrais amis se fait très rapidement !
26 janvier 2009 à 0:54
Tout d’abord un petit rectificatif : c’est Catherine Laborde qui a des jupes courtes et qui fait la météo sur TF1. Sa soeur Françoise est la « plus grosse » à grande gueule qui fait des remplacements au JT de France 2.Et qui a été nommée vendredi au CSA. La sarko se tire une balle dans le pied ;-)
Pour la dépression, sujet qui m’interpelle : je vis avec depuis 22 ans, avec des hauts et des bas, mais je me refuse à emmerder les autres avec çà. Ce qui explique sans doute ma vie sociale de nolife actuelle !
26 janvier 2009 à 11:08
Tu penses qu’il y en a des dépressifs chez les blogueurs hein dis?
26 janvier 2009 à 12:48
Sans commentaire on va dire, sinon ce serait trop long …
29 janvier 2009 à 15:26
@ Fauvette : ben justement je suis en train de compléter la collection (des calamités, je veux dire et de leurs conséquences) ; s’il reste quelqu’un après ça, chapeau
29 janvier 2009 à 23:40
Une bonne gastro ça aide aussi à perdre rapidement du poids, et ça passe plus vite en plus