Comme pourrait le dire Tinky d’amour, l’année du rat commence bien mal (je ne sais pas comment on dit merdier en chinois mais cela ne doit pas être joli joli à entendre). Les intempéries qui s’abattent sur le pays révèlent les fragilités du système chinois. Les infrastructures, routières, ferroviaires et aériennes sont inadaptées au grand froid qui paralyse ainsi l’ensemble du territoire. Dans certaines grandes villes du centre et du sud (et ici, pas de villes de petits pédés mais des agglomérations de plus d’un million d’habitants), les réserves de carburant ne dépassent pas une semaine et l’huile, le riz et les légumes commencent aussi à manquer. L’eau potable est rationnée auprès des pompiers. Dans la province de Guizhou, le prix du carburant et des bougies a été quadruplé. Les festivités du Nouvel An lunaire représentent généralement une période de grande migration en Chine et près de six millions de passagers ont ainsi été bloqués dans des trains ou dans les gares la semaine passée. Ambiance.
A pékin, tout semble être normal. Pékin (ou Běijīng 北京) signifie capitale du nord. La ville porte son nom depuis la dynastie Ming (XVème siècle, pas celle du méchant dans Flash Gordon). La transcription française ne tient pas compte du changement de prononciation qui survint pendant la dynastie Qing (Les Mandchous, derniers à régner) et qui transforma le son k avant le i en j. Pour faire branchouille, il faut absolument appeler la ville Beijing, ville qui continue à s’activer pour être fin prête pour le 8 août prochain, date d’ouverture des prochaines olympiades. Trente mille journalistes et 500 000 touristes sont ainsi attendus pendant la période des jeux. Le gouvernement à mis les petits plats dans les grands en dépensant plus de 40 milliards de dollars pour organiser les jeux, soit quatre fois plus qu’Athènes en 2004.
Un nouvel aéroport a été construit, le métro a été prolongé et les monuments historiques ont été restaurés. Il y a deux ans, le temple du ciel faisait peau neuve et nous n’avions pas eu l’occasion d’admirer le site. En ce mois de février, les deux pagodes principales de la cité interdite sont encore sous les échafaudages. La vite s’est parée aux couleurs olympiques. Des publicités pour les principaux sponsors tapissent les rues. les cinq mascottes sont omniprésentes. One word, one dream, tel est le slogan. On se demande encore comment le comité olympique a pu attribuer à Pékin la manifestation sportive. La ville est étouffante en été. Etouffante par la chaleur, étouffante par la pollution. Il est ainsi impossible d’inspirer profondément sans se cramer les poumons. Ils vont tous crever, les cons.
Ou plutôt non. L’attribution des jeux est évidente. De nombreuses pattes ont été graissées pour influencer les votes. Le pouvoir communiste souhaite montrer au monde que la Chine est désormais incontournable. Et c’est vraiment le cas. Le pays dévore les stocks mondiaux d’énergie(s) pour produire et exporter massivement des biens de grande consommation et bâtir de nouvelles cités , participant ainsi à la flambée des matières premières. Le serpent se mord la queue. Les grandes villes de l’Est sont privilégiées et servent de vitrine. Le reste du pays, notamment la population paysanne, est sacrifié et crève à petit feu pour le bien des petits yuppies de Shanghai ou de Hong-Kong. Mais quel est véritablement le poids de millions de morts, surtout quand ces morts sont des salauds de pauvres ?
Pourquoi donc critiquer le système et partir en vacances dans ce pays? Tout simplement parce que Pékin ou Shanghai sont deux villes extraordinaires. La capitale est certainement l’une des villes les plus belles au monde. La population est accueillante et le centre historique est captivant. Beijing est en pleine mutation. On ne peut être qu’hypnotisé par les pagodes centenaires, les temples bouddhiques ou Taoïstes, et, bien entendu, par l’histoire et la culture chinoise. Oui on encule les droits de l’homme, oui tout est certainement artificiel, oui les grandes villes de l’Est ne sont pas représentatives de ce pays multiculturel. Mais quelle est la différence entre jouer au touriste en Chine et acheter des fringues ou un MacIntosh à Paris?
En tout seigneur tout honneur, l’honorable touriste se doit de commencer la visite de la ville par la place Tien an Men, centre névralgique de la capitale. La cité interdite se dresse au nord et le portrait géant de Mao fait face aux bâtiments officiels et à son mausolée. L’axe se prolonge par la colline au charbon et par les tours de la cloche et du tambour. Au sud de la place, se trouve le symbole de la ville, le temple du ciel. La première fois que j’ai visité la cité, Céciloo, Snooze et moi-même avions quasiment passé une demi-journée à arpenter les bâtiments, cours et jardins intérieurs du palais.
Un audioguide est disponible. Il permet aisément de se représenter la vie à l’intérieur de l’enceinte sous les différentes dynasties chinoises. On a tous en tête les images du dernier empereur ou des 55 jours de Pékin, le visage sévère de l’impératrice douairière ou celui angélique du dernier empereur enfant. La cité pourpre fut la résidence principale de 24 empereurs pendant près de 500 ans. Elle s’étend sur 75 hectares et compte 9999 pièces. Les salles les plus célèbres portent le nom de salle de l’harmonie suprême, salle de l’harmonie Parfaite, salle de l’harmonie Préservée (que d’harmonie) ou salle des Prouesse Militaire. Tout un poème. Cette fois-ci, deux petites heures ont été nécessaires pour traverser du sud au nord le palais. C’était une question de vie ou de mort. Après avoir perdu une oreille, j’ai failli également y laisser mon nez. Si le ciel est d’un bleu immaculé, le vent et le froid permettent difficilement d’apprécier l’architecture extérieure des bâtiments.






19 Commentaires sur “Beijing ou Pékin, c’est la même chose”











13 février 2008 à 8:06
Eh bin que de péripéties !
Tu dis qu’il fait archi froid mais combien de degrès environ ?! Parce que si ça continue, tu vas nous dire que tu as croisé des bonhommes de neige à chaque coin de rues
13 février 2008 à 8:31
Peut on encore rouler à vélo à Beijing? Profitez bien des quartiers insolites et des quelques hutons qui résistent à la voracité des promoteurs.
13 février 2008 à 8:33
Ya t-il des noirs en Chine?
13 février 2008 à 8:57
Vous prenez un taxi pour la Muraille? Ou il fait vraiment aussi froid que ça? Il faut vraiment que j’aille faire un tour là-bas, et tant pis pour les pauvres.
(remarque bien que si tu es parti pour le froid tu aurais pu rester ici, hein…)
13 février 2008 à 9:04
merci pour ce paysage de vacance culturel… ca fait voyager sans bouger de sa chaise!
13 février 2008 à 9:04
Un attentat à la mozzarella sur le portrait de Mao? Qui donc à bien pu faire le coup?
13 février 2008 à 10:01
continue à dire du mal par Internet du pays hôte et tu vas y rester plus longtemps que prévu !!
13 février 2008 à 12:51
Y z’ont pas intérêt, sinon on va faire comité de soutien, j’ai hélas des compétences encore fraîches.
En attendant, c’est rudement bien d’avoir un envoyé spécial personnel de nous tous. Merci Chondre et bravo de réussir à trouver le temps.
13 février 2008 à 13:49
Bon Chondre tu mets plus de commentaires sur mon blog.. ça me manque…
13 février 2008 à 14:31
Oui cool d’avoir de tes nouvelles. Merci !
Et pour ta Maman comment cela se passe-t-il, apprécie-t-elle ce super voyage et cette destination “magique” ?
Sinon à te lire j’ai une de ces faims, as-tu un met préféré ? Miam …
13 février 2008 à 15:16
C’est gentil de ta part de nous faire découvrir l’Empire du Milieu, Chondre. J’espère que tu nous montreras toutes tes photos à ton retour.
13 février 2008 à 16:18
@ JM: Il fait entre zéro et -5. Mais il y a un putain de vent qui glace tout. Ici, ils ont l’air d’avoir l’habitude…
@ Psykokwak: Pour les hutongs, c’est presque mission impossible. Il en reste dans la ville tartare, au nord est de la cité et à l’ouest du temple du ciel. Pour le reste, c’est béton béton béton…
@ Filsdelarepublique: Non, je n’ai pas l’impression. Pas spécialement un pays ouvert. Enfin je crois.
@ Fab: Je ne pense pas retourner sur la muraille. C’est en plein campagne dans les montagnes et vu le froid de canard, je ne pense pas que ma mère supporte davantage l’ère glaciaire.
@ The 6L20: Ben oui, ça sert aussi à ça les blogs. Voyager pour pas grand chose. Après Fab en
ColombieArgentine, Chondre en Chine.@ Polyphème: Et le pire, c’est que j’y ai bien pensé en voyant le portrait géant, hi hi.
@ Fcrank: Sans tomber dans la paranoïa, tout est hyper verrouillé. Je suis même étonné de pouvoir bloguer cette fois ci…
@ Gilda: Mais oui, j’y compte bien. Free Chondre!
@ Filsdelarepublique bis: J’ai été un temps moins présent car j’ai eu un pic aigu de travail, je l’avoue, mais cela ne m’a pas empêché de lire.
J’ai un peu moins commenté, c’est vrai. Mais je compte bien me rattraper en rentrant, promis.
@ Nawal: Tu devrais t’installer ici et monter un restau. Parce que, à part le canard et les nouilles, c’est pas terrible.
@ TarValanion: Si je reviens, parce que, d’après Fcrank, ils risquent de me garder un peu plus longtemps. j’ai peur…
13 février 2008 à 17:53
Et en plus avec toi on s’instruit ! Tu es vraiment formidable Chondre.
13 février 2008 à 18:18
Et Monsieur Lapin dans tout ça ?
13 février 2008 à 22:41
Ils représentent quoi les bisounours Olympiques?
13 février 2008 à 22:41
tu es parti chercher la bravitude ?
16 février 2008 à 2:51
@ Fauvette: Merci Fauvette. Professeur chondre, toujours prêt!
@ ugslw: Je l’ai bouffé, il était trop chiant!
@ Thié Rit: Ah ah…révélation dans un prochain numéro. Indice: Le premier se nomme Beibei.
@ Nono: Non, trop froid pour tenter la bravitude sur la muraille. Rhalala la froititude alors.
19 mars 2008 à 8:47
[…] Tibet, free Beijing Nuits de Chine Ajouter un commentaire Ce billet sera le dernier consacré à Pékin. Promis, juré, […]
24 juillet 2008 à 22:40
[…] été. Évitez cependant la deuxième semaine d’août, Nicolas et Carla s’envolant pour Pékin à l’invitation du Premier ministre chinois afin de célébrer l’amitié et la […]