2005 novembre (2)

Le grand pont tout rouge

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Le beau temps est revenu. C’est idéal pour aller voir de plus près le pont du «Golden Gate». Cela fait plusieurs jours que nous tournons autour sans toutefois nous en approcher. Nous partons donc un peu plus tôt. Nous souhaitons reprendre un « cable car » pour nous rendre du côté de Fisherman’s Wharf puis longer la côte jusqu’au pont. Grosse erreur. Nous avions oublié que nous étions samedi, et que la ville était bourrée de touristes les week-ends.
Nous passons donc devant le magasin à la jolie devanture et nous rabattons donc vers un vieux tramway. Il est magnifique, tout en bois vernis. L’engin a apparemment été importé de Milan.
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Les musées

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Le temps était pourri. Et quand le temps est pourri, on passe son temps dans les musées, à l’opéra, au cinéma, ou à faire du shoping. Ce fut donc la journée musées. Début classique : réveil trop précoce, footing, petit-déjeuner et télévision. Ce n’est pas encore l’heure des feux de l’amour mais l’heure de “qui veut gagner des millions”. La présentatrice est bien plus sexy que le présentateur français.
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Je me suis tapé un gros boudin sur le port de SF

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Je n’ai pas pu résister. J’ai encore allumé la télévision juste avant de partir. Gnééé. Le Pen parle à la télévision américaine. Si la France est au bord de la guerre civile, c’est la faute aux immigrés et aux musulmans. Je passe vite sur un talk show pourri puis sur CBS. Chouette, les feux de l’amour. Ah, Victor, toujours aussi ténébreux. Quel homme ce Victor Newman. Mais il est encore retombé amoureux de la grosse Nicky, son ex-ex-ex-femme. Sacré Victor!
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Dans le cul Lulu!

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La télévision américaine me fascine.

Elle est à l’image du pays. Excessive. On y trouve de tout. Les meilleures séries et documentaires, notamment sur HBO, et les pires émissions de télé réalité et autres talk-shows quotidiens. Surtout le matin. On peut bien entendu citer le Jerry Springer Show, spécialiste du voyeurisme et des histoires sordides.
« Je t’ai trompé avec tes deux frères et ton père », « Je ne bosse pas chez Pizza Hut, mais je fais la pute au coin de la 7e avenue », ou « J’adore enculer ton caniche » sont des thèmes abordés dans cette émission.
Je me souviens également d’une émission ou le thème était « Je déteste les noirs et suis membre d’une association facho ». La salle était remplie d’afro-américains et tout le monde s’est foutu sur la gueule.
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De la plage des gros phoques à Verdi

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La nuit fut difficile. Je me suis rapidement endormi. Trop rapidement. A 2h00 du matin, j’ai la pêche. Je retombe vers 6h00 et me réveille à 9h00. Maudit décalage horaire. Je saute du lit et enfile mes chaussures. C’est l’heure du footing. La veille, je n’avais pas repéré de grands parcs à proximité de l’hôtel. Je me dirige donc vers la salle de sport et commence à courir sur un tapis de course en matant du football américain à la télévision. Retour à la chambre et petit déjeuner chez Starbucks. De nombreuses personnes ont un ordinateur portable sous la main. Beaucoup de Mac. C’est le merveilleux pays du Wi-Fi gratos et d’Apple. Cuppertino n’est pas loin.
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Be cool

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Nous n’avons pour une fois pas couru pour arriver à l’aéroport.

Pas de longue queue au guichet d’enregistrement Air France. Je tente le coup de la sciatique avec l’espoir d’obtenir un siège avec un peu plus d’espace. Manque de bol, il ne reste plus que des places dans la rangée du milieu. Et nous n’avons pas été surclassés cette fois ci.
L’avion décolle à l’heure. L’hôtesse qui va s’occuper de nous ressemblait comme deux gouttes d’eau à Frigide Barjot. Il fallait être patient. Douze heures de vol nous attendaient.
A ma grande surprise, le temps a vite passé. J’ai maté six films, mangé et bouquiné. L’avion a longé la côte californienne. Nous avons atterri. Pas d’attente à la douane, les bagages sont rapidement arrivés. Ce fut le voyage du bonheur. No stress. Nous avons ensuite emprunté le métro local. En moins d’une demi-heure, nous étions déjà dans notre chambre.

Quelques minutes plus tard, nous sommes sorti faire notre premier tour en ville. J’avais repéré que la « Force du destin » de Verdi était à l’affiche à San-Francisco. Nous nous sommes donc dirigés vers l’opéra et avons pris deux tickets pour la représentation du mardi soir. Nous avons ensuite longé Market street. Ambiance étrange. On observe un nombre considérable de sans abris. Personne ne fait attention à eux. Ils sont invisibles. Tout cela semble bien normal.

Achtung bitte

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A. Etes-vous atteint d’une maladie contagieuse, de troubles mentaux ou physiques ?
Faites-vous usage de stupéfiants ? Etes-vous toxicomane ?

B. Avez-vous été arrêté ou condamné pour un délit ou un crime réprouvé par la morale publique, ou enfreint la loi en matière de substances contrôlées ? Avez-vous été arrêté ou condamné à une peine totale d’emprisonnement de 5 ans ou plus pour deux délits ou plus ? Avez-vous été impliqué dans le trafic de substances contrôlées ? Demandez-vous l’entrée aux Etats-Unis dans l’intention de vous livrer à des activités criminelles ou immorales ?

C. Avez-vous autrefois été impliqué, ou êtes-vous maintenant impliqué, dans des activités d’espionnage, de sabotage, de terrorisme, de génocide, ou, entre 1933 et 1945, avez-vous participé en aucune façon à des persécutions perpétrées au nom de l’Allemagne nazie ou de ses alliés ?

D. Avez-vous l’intention de chercher du travail aux Etats-Unis ? Avez-vous déjà été refoulé ou expulsé des Etats-Unis Avez-vous autrefois été reconduit à la frontière des Etats-Unis ? Avez-vous obtenu ou cherché à obtenir un visa ou l’admission aux Etats-Unis par voie de fraude ou de fausses déclarations ?

E. Avez-vous retenu, volontairement ou par la force, un enfant dont le droit de garde avait été confié à un ressortissant américain, ou avez-vous empêché ledit ressortissant d’exercer son droit de garde ?

F. L’octroi d’un visa ou l’admission aux Etats-Unis vous a-t-il déjà été refusé ? Est-ce qu’un visa d’entrée aux Etats-Unis qui vous avait été octroyé a été annulé ? En cas de réponse affirmative, quand ?

G. Avez-vous déjà demandé à être exonéré de poursuites judiciaires en échange de votre témoignage ?

Attention : si vous avez répondu « oui » à une ou plusieurs de ces questions veuillez contacter l’ambassade des Etats-Unis AVANT d’entreprendre votre voyage. Il est possible que l’entrée aux Etats-Unis vous soit refusée.

Ouf, j’ai encore une fois que des non. Ca m’a toujours fait marrer ce formulaire qui est distribué une fois son cul calé dans son fauteuil en plein milieu de l’atlantique. Les nazis tuberculeux ex-taulards gagnent apparemment un billet retour direct sans passer par la case duty free. Pas de bol.

Le plus vieux métier du monde

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C’était en mars dernier.

Je me baladais dans un salon médical. C’était le grand bazar du médicament. Une hôtesse nous a remis un carnet à souche à l’entrée et nous sommes passés de stand en stand afin de voir ce que les exposants proposaient. C’était comme à la fête foraine. On pouvait gagner des trousses de secours, des abonnements à des revues scientifiques, son poids en médicament, des tensiomètres, de la bouffe, des montres ou des réveils. Tout plein de conneries. Les visiteurs se battaient presque pour gagner une merde siglée d’un laboratoire.

Soudain, je me suis approché d’un stand. Une femme d’un certain âge était seule derrière un comptoir. Elle représentait un laboratoire spécialisé dans l’impuissance masculine. Elle semblait bien seule. Sur le comptoir, trônaient une quantité incroyable de bidules en caoutchouc, mis à la disposition du public. Les gens n’osaient pas en prendre. J’ai commencé à me marrer, c’était plus fort que moi. On en a chipé tout plein pour les copains.

La pauvre dame ne faisait pas un métier facile. Elle passait sa journée, débout, entourée de centaines de bites molles et de couilles ridées sous le regard des visiteurs qui passaient devant elle en se bidonnant.

Viva totoro

Viva totoro

C’est devenu le jouet préféré des bébés des amis qui passent à la maison, au grand désespoir des parents (…). Je vais vraiment commencer à faire un album photo.

Ciao boulot

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Ca y est enfin. Cela fait des semaines que je pense à ce moment. Comme le dit le dicton coréen, « le meilleur moment quand on fait l’amour, c’est quand on monte les escaliers ».
Un bordel monstre règne dans et sur mon bureau. Rien à battre. J’ai réglé les derniers problèmes, essayé de prévoir et de contourner les prochains. Je vais éteindre les lumières. Je consulte une dernière fois mes mails, renvoie mon téléphone et fait un dernier tour. Je commence à me détendre, les vacances sont à ma portée. Je pense déjà à Barbary Lane, Madame Madrigal, Mary-Ann et Michael. Je peux entendre le vent dans les séquoias et le parfum des Cheese cakes sur Union Square. Le week-end va être agité. Je vais encore courir dans tous les sens.

Lundi, je serai bien loin.

L’hôpital

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Changement de saison, changement d’humeur, changement de thème. Visible après avoir purgé le caché.

Je pense très souvent à cette période.

J’avais demandé à changer de service après une dizaine de jours passés en psychiatrie. Un mois. Je devais rester un long mois dans ce service. Juillet allait être très long. Le personnel soignant semblait encore plus atteint que les patients. Je n’étais pas rassuré. Une nuit, ils avaient trouvé drôle de m’enfermer dans une chambre capitonnée les mains attachées par de vraies menottes à un lit. C’était le bizutage obligatoire.
Toutes les chambres n’étaient pas fermées. Certains malades erraient dans les couloirs. Je me souviens d’une patiente en particulier. Elle avait toujours un walkman dans sa poche. Elle écoutait en permanence l’aigle noir. Je me souviens également d’une petite grand-mère. Elle semblait très fragile. Soudain, elle a commencé à tout balancer dans sa chambre. Nous étions quatre sur elle et avions grand peine à la maîtriser. Il fallait être vigilant en permanence. Et ne jamais s’attacher aux malades.
Je me souviens également d’une salle réservée aux passeurs de drogue. Elle était remplie de sud-américains. Ils remplissaient des préservatifs avec de la cocaïne, fabriquaient de petites boulettes qu’ils avalaient. Ils pouvaient en avaler des dizaines. Si le préservatif lâchait, ils mourraient. Ceux qui étaient dans notre service avaient tous été dénoncés. Ils restaient le temps de chier leur drogue. Un mec était payé pour compter les boulettes.

Ce monde était trop dur pour moi. Je n’avais pas une carapace assez épaisse pour rester trop longtemps dans ce milieu. Je regrette cette capitulation. La psychiatrie est un domaine captivant.

J’ai donc atterri au bloc de chirurgie cardiaque le mois suivant. Travaillant de nuit, il n’y avait que des interventions d’urgence. Les nuits de transplantation de cœur ou cœur-poumons étaient rudes. Le personnel du bloc prenait soin de moi. Parfois, le chirurgien me demandait de m’approcher. Il m’expliquait ce qu’il faisait. Pas à pas. C’était passionnant. Lorsqu’il n’y avait pas de greffe, je remontais en réanimation cardiaque. Le personnel était jeune. J’ai vite appris que travailler dans un tel service était usant. Nous étions tous complices. Nous passions la nuit à courir. Nous devions faire des tours de garde interminables. Lorsqu’un tour se terminait, nous devions en recommencer un nouveau. Nous prenions grand soin des malades. Cette phrase peut paraître stupide lorsque l’on travaille dans un hôpital. Pourtant, prendre soin des patients, ce n’est pas seulement les soigner physiquement. C’est également les écouter, être attentif, les faire rire, les rassurer. Leur montrer que quelqu’un veille sur eux et qu’ils ne sont pas seuls. Simplement.

La fin du mois d’août approchait. Je devais quitter l’hôpital et mes nouveaux compères. Yan, mon meilleur ami de l’époque, et sa sœur Nathalie, m’avaient invité à passer quelques jours dans leur maison située sur l’île d’Oléron. L’endroit était idéal pour se reposer après ces deux mois intenses. Nathalie était venue avec sa fille, Clémence. Elle commençait à parler. Elle ne pouvait pas prononcer mon prénom. Alexandre était décidément un prénom trop compliqué. Trop de « xe » et de « re ». Il fallait qu’elle y arrive. Alechandle, échandle, chondle. Au bout de quelques jours, je m’appelais chondre. C’était bien plus pratique.

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