Wir lernen Deutsch

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Rolf und Gisela ping-pong spielen. C’est la première phrase d’allemand apprise à l’école. Et peut-être la seule retenue. En lisant les billets de Juju (sa Bavière, son bordel “d’amour”), j’ai repensé à mes expeditions en Allemagne.
Maman m’avait persuadé de choisir allemand en première langue en sixième. D’après ce que l’on disait, les classes d’allemand étaient bien meilleures. Avant de rentrer au cours Bossuet, nous avions acheté un livre d’apprentissage. « L’allemand en 90 jours et en 90 leçons ». J’ai commencé à me faire chier et à me perdre dans les déclinaisons dès les premiers cours.

J’ai ensuite passé deux années horribles. J’étais une véritable bite dans la langue de Goethe. Une bite tellement grosse que j’ai redoublé ma 5ème. La honte.
Ma mère a commencé à paniquer. Une amie lui avait parlé de l‘association culturelle franco-allemande pour la jeunesse. Cette association proposait des cours et des stages en Allemagne. On parlait de la République Fédérale d’Allemagne à l’époque.
J’ai donc été exporté dans le Schleswig-Holstein, près de Kiel, en août 1983 (patrie des zolies vaches blanches tachées de noir et du hareng). La ville s’appelait Bordesholm. Je ne me souviens plus du nom de la famille. J’ai véritablement adoré le style de vie. Les gens vivaient dans de grandes maisons. La région était magnifique, les gens charmants. Le matin, nous allions à l’école avec nos correspondants. L’après-midi, nous nagions dans le lac qui bordait la ville ou visitions les environs. C’était la première fois que je passais des vacances seul, sans mes parents. C’était la liberté.

L’expérience ayant été concluante, je me suis donc retrouvé dans la Sarre à Merzig lors des vacances de Pâques de l’année suivante. J’ai été accueilli dans la famille Schommer. La famille était catholique pratiquante. Herr Schommer était une sorte de sous-préfet affilié à la CDU. Frau Schommer était mère au foyer. Ils avaient deux enfants. Michael avait un an de plus que moi. Christian était le plus petit. Il avait une bouille de poupon. Cette famille était vraiment charmante. J’ai beaucoup appris en leur compagnie. Nous nous sommes liés d’amitié. Je me souviens des repas. Nous débutions toujours les repas par le bénédicité. Ils souhaitaient toujours que je le récite en français. Je ne savais pas trop quoi dire et je racontais souvent un maximum de conneries.
Je me souviens que Michael avait un « Oric Atmos ». C’était le super ordinateur de l’époque, après le « ZX Sinclair ». On pouvait programmer en basic. Il suffisait de relier la bête au téléviseur via la prise péritel. Je ne pouvais pas en avoir un à Paris car nous n’avions qu’une vieille télévision pourrie en noir et blanc sans prise péritel au cul. Je me souviens des après-midi passés devant la ZDF, l’ARD et RTL plus.

L’été suivant, j’ai encore changé de région et ai atterri près de Cologne chez des Ténardiers, à Hennef Gestingen. Mère et père psychopathes. 14 enfants adoptés. Tous plus ou moins débiles. Tous des connards. Nous dormions dans un dortoir. Cela sentait toujours la pisse. Ils avaient pris 3 français en même temps. Nous étions donc 17 mômes dans la baraque. Je n’ai jamais mangé une seule fois à table. Il fallait préparer sa bouffe et remonter manger dans la chambre sur son lit. Un rejeton encore plus taré que les autres travaillait dans un hôpital. Il devait être agent hospitalier. Il ramenait tout plein de trucs de l’hosto. Il nous avait emmené une fois. Il fallait pénétrer dans le local à ordures et récupérer le plus de conneries possible. Nous sommes sortis avec des sacs remplis de grosses seringues et avec un nombre considérable d’instruments venant de l’espace. Nous avons tout nettoyé une fois à la maison. C’était chouette, nous avions de nouveaux jouets. On pouvait s’arroser avec les grosses seringues de 50 ml. Cool. Quand j’y repense, j’en ai froid dans le dos. Follie ! Follie ! comme le dirait cette bonne vieille Violetta. Les normes sanitaires de l’époque n’étaient franchement pas les mêmes que celles d’aujourd’hui. Les instruments tranchants n’étaient pas déposés dans des récipients spécifiques. Se rendre en Allemagne pour quinze jours et revenir plombé par une hépatite, le HIV, ou n’importe quel virus ou sale bactérie. Trop fort.
J’ai finalement passé 15 jours avec des français et n’ai pas fait beaucoup de progrès en teuton cet été là. J’ai appelé à l’aide maman qui a débarqué au bout de 10 jours. Elle avait pris une chambre dans un hôtel près de la maison. Nous avons passé 5 jours ensemble à visiter la région.

Tous les ans à Pâques, je retournais chez Frau und Herr Schommer. Les étés, je changeais de famille. Je suis donc passé par Aachen, Hannover, Hamburg ou Bremen. J’ai rencontré à chaque fois des gens délicieux (bah, excepté à Hennef). J’étais passionné par l’Allemagne et sa culture. Je passais tous les mercredis après-midi dans les locaux de l’association pour y prendre des cours. Je partais même au ski dans le Tyrol.

Figure 1 : Impacts de Chondre en territoires germanophones (1983-1990)

Viva Germania

NDLR : Les étoiles rouges n’indiquent pas les bases militaires américaines mais les lieux de mes différents séjours entre 1983 et 1990.

En rentrant à la fac, je n’ai plus pratiqué cette belle langue. J’ai véritablement appris l’anglais en matant MTV et la BBC, et surtout en débarquant à l’INSERM ou la langue officielle du laboratoire était celle de Shakespeare. Nous parlions tous avec un accent universel. Il y avait des Indiens, des Israéliens, Brésiliens, Chinois, Allemands, Italiens. L’ambiance était formidable. Un véritable espace de tolérance et d’apprentissage.

Aujourd’hui, lorsque je souhaite m’adresser à un collègue allemand, je lui parle en anglais. C’est vraiment très con. Je comprends encore grossièrement, mais je suis plus capable d’écrire ou de parler un seul mot en allemand.

Es ist wirklich sehr traurig. Ich will wieder deutsch sprechen!

Je crois que je vais aller à la recherche de mon vieux bouquin d’allemand et retrouver mes vieux copains Rolf et Gisela.

2 Commentaires sur “Wir lernen Deutsch”

  1. gwen

    C’est exactement ca : la premiere phrase apprise, helas la seule retenue, impossible a caser dans une conversation basique !!!!

  2. Rulian

    Je suis désolé, j’ai aussi subit “Wir lernen Deutsch.” Et la première phrase qu’on y apprend est “Gutentag Rolf, wo ist meine Pfeife ?”, une phrase o combien utile, puisqu’elle permet a tout moment de demander ou est sa pipe…

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