2005 septembre

Echangisme albanais à Poudlard avec Sarkozy

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J’ai enfourché ce matin mon vélo, tel Charlène Lopez et son vieux poney neurasthénique galeux. J’ai pris l’habitude d’écouter la radio en pédalant, média qui m’était presque inconnu jusqu’ici. Je passe de France Inter à Europe 1, en passant par RTL. Les chroniques culturelles de radio Luxembourg (comme le dirait ma grand-mère) de 8h30 sont souvent bien foutues, surtout la critique littéraire.
Le livre du jour était « Harry Potter et le prince de sang mêlé ». Quelle surprise. J’ai passé une partie de mon été à tenter de rentrer dans l’histoire sans grande réussite. Seuls le tout début et la fin m’ont fait frétiller. La transition est rude, à la limite de l’ennuyant mais cependant indispensable à la suite programmée de l’histoire. On introduit doucement le dernier volet. On découvre le charme de l’adolescence et des premières soupes de langues. L’histoire est plus centrée sur Harry. Les autres personnages ainsi que l’école et ses cours deviennent secondaires. Ce n’est vraiment pas le meilleur volume.
Stephan de Pasquale n’a pas pu s’empêcher de raconter l’intégralité du bouquin. On se doute même de la fin de l’histoire. Trop con.
Le niveau est descendu encore plus bas lorsque la petite bande de chroniqueurs a viré sur « Cosi fan tutti » (à l’affiche du 12 septembre au 15 octobre à Garnier), opéra faisant selon la joyeuse équipe l’éloge de l’échangisme albanais et finalement très proche de l’île de la tentation. C’est curieux, je n’aurais pas introduit cet opéra de cette façon. Un peu de poésie, bordel (même si Fiordiligi et Dorabella semblent être deux bonnes grosses cochonnes). Ils auraient également pu comparer Nicolas Sarkozy à Faust (ou à Iznogoud) pendant qu’ils y étaient.

Ils se sont rattrapés in extremis en passant un extrait du trio final. Merci RTL.

Vendredi soir

L'important, c'est la santé, Miam, Rencontre Pas de Commentaire »

Poursuite du Truithon intense. Philou, Anne-Laure et Fabien étaient attendus vendredi dernier à la maison. Je connais Philou et Anne-Laure depuis une dizaine d’années. Ils étaient tous les deux étudiants en pharmacie. Nous les avons rencontrés via Eric.
Anne-Laure a poursuivi ses études de pharmacie par sécurité alimentaire. Sa vraie passion est et restera le piano. Elle est partie suivre les cours du conservatoire de Genève il y a quelques années. Elle dispense maintenant des cours de piano. Nous avons la chance de l’écouter lors de ses concerts. Elle a une préférence pour les compositeurs russes. Anne-Laure est folle. Toujours la tête dans les étoiles. C’est une véritable bohème. Lorsque l’argent vient à manquer, elle fait deux ou trois passes en officine. Elle est naïve, rêveuse et touchante. Anne-Laure est charmante.

Philou est toujours étudiant. Il a passé l’internat et l’a brillamment réussi. Il en a profité pour se lancer dans une thèse de sciences qu’il devrait soutenir en début d’année prochaine. Lui aussi est fou. Il officie depuis peu dans un hôpital au nord de Paris. Il semble passionné par son métier. Il est logorrhéique. Il est véritablement drôle.

Fabien est arrivé en dernier. Il ne connaissait pas Anne-Laure et Philou. Contrairement à la veille, la sauce a instantanément pris. Nous avons commencé par nous souvenir des bons moments passés à la faculté, des connaissances communes. On s’était donné rendez-vous dans dix ans. Nous avons commencé par discuter boulot. Fabien travaille dans l’industrie. Philou, Snooze et moi-même dans le public (nous avons donc une mission de santé publique, contrairement au privé…hu hu hu). Nous avons discuté rencontre, sexe. Nous avons bien dîné. Contrairement à la veille, j’avais essayé de blinder la bouffe. Ce fut un apéro dînatoire. Tout sur la table. On se débrouille. C’était bon. Le vin semblait de bonne qualité. Les bonnes anecdotes et les rires se sont enchaînés. Tout le monde semblait heureux de se retrouver. La soirée est passée à une vitesse folle.

J’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose entre Fabien et le petit Philou. Anne-Laure et Snooze sont également de cet avis. Je me suis éclipsé dans la cuisine pendant que Snooze et Anne-Laure étaient dans le bureau. Ils ont discuté seuls quelques instants. Je les entendais plaisanter.

Le retour

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Jean Hervey rentre chez lui. C’est un bourgeois fortuné. Il a réussi. On envie son existence. Il croise des ouvriers. La porte de son hôtel particulier s’ouvre. Une domestique lui enlève son chapeau et son manteau. Il parcoure sa grande demeure. Tout est sobre et triste. Il monte un étage et se rend dans son bureau. La maison est froide. Une lettre l’attend. Il ne trouve pas ses lunettes. Il se sert un verre d’alcool. Il lâche la carafe. Gabrielle est partie. Elle le quitte pour un autre homme. Nous sommes mercredi, c’était il y a cent ans.

Gabrielle revient finalement. Elle est effondrée. Elle n’a pas eu le courage de quitter Jean. Ils sont mariés depuis plus de dix années. Elle est résignée. Il ne comprend rien. Tout bascule. Le personnel de maison est déjà au courant. Ils reçoivent le lendemain. La maison est habituée à recevoir son cercle d’habitués le jeudi soir. On doit recevoir pour exister. On dîne, écoute, rencontre, dissimule. Les mots sont cruels.

Le noir et blanc alterne avec la couleur, la musique est presque trop entêtante. Les violons sont violents. Les titres ressemblent à ceux d’histoire sans parole. C’est « Gabrielle », de Patrice Chéreau, avec Pascal Greggory et Isabelle Huppert, adapté de la nouvelle « Le Retour » de Joseph Conrad.
Le jeu des acteurs est magistral. Isabelle Huppert (Lion spécial d’interprétation à la dernière Mostra) est sublimée par l’œil de Chéreau.

Chéreau et Greggory étaient présents hier soir. Ce film à profondément marque Pascal Greggory.

Il était encore tout ému.

Et moi je me suis bien rattrapé, après avoir vu une série de bonnes grosses daubes, de “Ma sorcière bien aimée” à The Island”.

Jeudi soir

Ailleurs, Miam, Rencontre Pas de Commentaire »

Le Docteur Nono et son ami Ro Batar’ sont passés à la maison jeudi dernier. Cela faisait des semaines que j’entendais parler du fameux Ro’Batar’. Fabien le connaissait. Snooze l’avait déjà croisé. J’avais hâte de le rencontrer. Ils se sont retrouvés après quelques mois de séparation. Le petit Nono semble très attaché à son Ro’Batar’. Ils forment un beau couple. Ro’Batar’ n’a pas beaucoup parlé. Deux solutions : Il était très intimidé ou il s’est vraiment fait chier.

J’avais essayé de préparer au mieux le dîner. Jolie robe, jolie nappe. Ce fut un semi-plantage. J’avais préparé des choubichmurzs en apéro et sorti une mini-terrine de lapin aux pruneaux (la maxi terrine était réservée pour le lendemain) accompagnée de pain d’épice maison. J’avais également préparé un Cari de poulet accompagné de Riz et sorti une bouteille de vin Rouge.

Nous avons ouvert la bouteille. Rire crispé de Snooze. Pire que du vinaigre. Je sors une seconde bouteille. Putain la vache. Encore pire que la première. Et en plus, ça piquait les yeux. Petites précisions : (i) les deux bouteilles venaient directement de la cave ou elles dormaient tranquillement depuis plusieurs années et avaient donc subi la canicule, et (ii), ne buvant pas d’alcool, je choisi toujours les bouteilles en fonction de la provenance mais surtout en fonction de l’étiquette ou d’un autocollant indiquant que la piquette est bonne car élue médaille d’or par le meilleur sommelier de France dont je découvre le nom. En gros, je n’y connais rien. Mais vraiment rien.

Interlude : Ce qui est vraiment très con, c’est que non seulement je ne consomme jamais d’alcool, mais je suis en plus le seul crétin à ne pas avoir passé son permis de conduire. Fin de l’interlude.

Second plantage. Le Ro’Batar’ semblait faire attention à sa ligne (ben moi aussi mais cela ne m’empêche pas de me faire péter la panse de temps en temps). Entre l’apéro campagnard et le plat « exotique-en-sauce » accompagné de féculents, le Ro’bBatar’ n’était vraiment pas à la fête.

Troisième plantage. J’avais préparé des crèmes brûlées transformées en crèmes cramées après un fâcheux oubli sous le grill. Pauvre Ro’Batar’. Nous avons terminé la soirée avec Elodie Frégé en fond sonore. Comme le dirait Docteur Nono, rhalalalala c’était vraiment la louze.

La surprise du mariage raté

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Je me souviens de ce premier dimanche d’octobre. Il faisait beau. Nous avions rendez-vous à la mairie du XIVème arrondissement. C’était le jour du mariage de Marjorie et Jérôme. Snooze était témoin de Jérôme. J’avais refusé de participer à cette mascarade. Je traînais des pieds pour me rendre à la mairie.

« Nan, j’veux pô y’aller ».

J’ai répété cette phrase une centaine de fois. Snooze commençait à craquer. Nous étions beaux comme des camions. C’était la première fois que je portais un costume. Nous sommes arrivés (pour une fois) à l’heure et avons salué toute la petite assemblée. Nous avons commencé à rentrer dans la mairie. Je me suis immédiatement planqué derrière une colonne. Une jeune femme rousse s’est soudain approchée de moi et a commencé à me raconter sa vie. Je ne la connaissais pas, je ne savais pas d’où elle sortait. Je me suis discrètement dirigé vers Snooze et lui ai expliqué qu’une hystérique se collait à moi et que je ne pouvais pas m’en débarrasser.

Le mariage civil prononcé, nous nous sommes dirigés vers le bois de Boulogne. Jérôme nous conviait dans un restaurant situé sur une petite île. Un cocktail précédait le repas. Je n’avais pas mis mes lentilles. J’étais dans le brouillard et cela m’arrangeait bien. Nous nous sommes petit à petit rapprochés d’Alexandre et de sa compagne que nous ne connaissions pas à l’époque. Nous n’avions pas revu Alexandre depuis la faculté de pharmacie. Il n’avait pas changé.
Nous nous sommes ensuite installés à la table des mariés. Grand moment de solitude. La rousse hystérique était le témoin de Marjorie et était installée à ma droite. C’était Christine.

« Oh putain, c’est pas vrai me suis-je dit in petto en moi-même ».

Planté. Je m’étais planté. Nous avons fait connaissance et nous nous sommes poilés pendant tout le repas. Elle nous a raccompagné avec son tank suédois. Snooze en a profité pour lui proposer de participer à son émission de radio. Elle a accepté. Deux mois plus tard, Jérôme et Marjorie se sont séparés.

Christine est Suisse. Elle est repartie chez les Helvètes en début d’été. Tous ses amis étaient profondément tristes. La semaine dernière, elle est remontée sur Paris. Nous avions rendez-vous au Carpe Diem ce mercredi. Ses amis de la radio étaient présents. Elle avait coupé ses cheveux. Elle semblait nostalgique de sa vie parisienne. Christine n’est pas le genre de personne à s’apitoyer sur elle-même. Humour au troisième degré. Elle a commencé à nous raconter sa nouvelle vie. Nous avons poursuivi la soirée à la cantine des Ginettes armées dans la joie et la bonne humeur. C’est amusant. Je ne connais pas vraiment Christine. Je n’ai pas eu le temps de la connaître. Pas autant que Snooze. Cependant, elle nous a tout de suite adopté. Parfois, il ne faut pas se poser de question. C’est ainsi. Nul besoin de se connaître depuis des années pour se sentir complice et s’apprécier sincèrement.

Nous nous sommes séparés peu avant une heure du matin.

Elle nous a serré et embrassé très fort avant de s’engouffrer dans la bouche de métro.

La France d’avant

Fiel, Vu, lu, entendu 1 Commentaire »

Lu dans « Le Monde » daté de mardi :

Ennuis d’argent, chronique société de L. Greilsamer :

« Dans la France d’avant, vous pouviez faire des études de médecine avec votre courage et votre intelligence et acquittant des frais d’inscription modestes à l’université. Aujourd’hui, vous n’avez quasiment aucune chance de franchir le cap de la première année sans suivre les cours d’un institut de préparation privé. Pour un semestre, cela vous reviendra entre 1000 et 1300 euros. »

De quelle France d’avant parle-t-on ?

La France de l’après guerre ?

Il était alors très difficile de s’orienter vers certaines professions sans argent. Médecine ou droit étaient des voies réservées et les enfants issus des classes modestes se songeaient même pas à s’y aventurer. On se dirigeait alors vers médecine ou l’école des bleues selon sa classe sociale. Ce fut le cas pour ma mère. Le mandarinat se transmettait de père en fils.

La France des années soixante-dix ?

Choisir d’être médecin ou pharmacien, c’est choisir de faire de longues études et donc de ne rentrer que très tardivement dans la vie active. Les bourses n’ont jamais permis de vivre décemment en étudiant. Choisir d’être pharmacien d’officine, ce n’est pas choisir d’être assistant. Comment un étudiant issu d’une classe modeste pouvait-il espérer pouvoir acquérir une officine ? Les élèves brillants mais sans argent ne pouvaient que choisir la voie de l’internat et rêver d’une voie hospitalo-universitaire.

La France des années quatre-vingt-dix ?

Les concours ont été officialisés depuis presque 10 ans. Un nombre limité d’élèves peut franchir le cap de la première année. A Paris V, plus de 1000 étudiants sont inscrits en première année. Seuls 220 auront la chance de poursuivre leurs études.
Les cours sont dispensés d’octobre à mai. Cela laisse quatre mois de liberté pour trouver un job d’été. Comme beaucoup d’autres, j’ai fréquenté ces écoles parallèles. A l’époque, nous devions nous acquitter d’environ 3000 francs par matière. Tout en sachant qu’en première année de pharmacie une quinzaine de disciplines sont enseignées, on fait vite le compte. Nous nous rendions à la faculté dans la journée et passions nos débuts de soirées dans ces écoles à faire du bachotage intensif. D’autres élèves avaient choisi de faire une ou deux années de préparation avant d’intégrer la faculté de pharmacie. Cette option était difficilement envisageable pour une grande majorité d’étudiant. De plus, si l’on échouait après deux premières années de pharmacie, on passait à médecine et vice-versa.
J’avais la grande chance de résider à Paris et donc d’éviter de longues heures de transport. D’autres amis proches habitaient en grande banlieue et passaient jusqu’à trois heures quotidiennes dans les transports en commun. L’argent a donc toujours été un moyen de sélection et il serait bien naïf de penser que la France d’aujourd’hui soit bien différente de la France d’hier.

Pas envie de commenter le point de vue de Nicolas Sarkozy dans « Le Monde » daté d’hier. Il semble s’étonner que notre pays se place à la douzième place mondiale pour l’impact global de ses travaux de recherche et nous apprend que la moitié des élèves inscrits en début de premier cycle universitaire échouent sans obtenir le moindre diplôme. Quelle information! Va-t-il bientôt nous apprendre qu’il y a plus de 10 % de chomeurs et que le déficit public est abyssal?

Je ne suis pas certain que l’idée de faire une thèse tout en recevant une allocation de recherche imposable de misère (6123,50 F il y a cinq ans) pour finir sans emploi à bac+8 excite un grand nombre d’étudiant. Sans compter le nombre d’élèves n’ayant pas la chance d’obtenir une telle allocation.

XIII

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Treize ans. Cela va bientôt faire treize ans que je partage ma vie sentimentale avec Snooze. Des premières années en faculté à aujourd’hui. C’est dingue. Treize années d’exclusivité sentimentale et sexuelle totale. En écoutant certaines connaissances parler de leur couple ou plutôt de leur absence de couple, j’ai l’impression d’être un véritable ovni. Homo ou hétéro, nous battons tout notre entourage. C’est peut-être vrai. J’ai la chance de vivre avec une personne que j’aime sincèrement et qui m’aime en retour. Deux gamins qui se chamaillent pour un rien. On a des foutus caractères, je suis du matin, il est du soir, mais c’est comme ça, j’ai l’impression que nous sommes faits l’un pour l’autre. Goûts ou dégoûts communs, nous vivons notre quotidien comme au premier jour. Nous nous sommes bien entendu embourgeoisés. C’est cool l’embourgeoisement. Les habitudes changent, les amis aussi.

Treize années de stabilité. Sans sous-entendu. Sans malentendu. Nous sommes jeunes. La vie est belle.

Nous vivons heureux. J’ai cependant parfois envie d’exploser. Il y a six ans, j’ai appris à ma mère et à nos amis que nous étions ensemble. Les amis étaient sur le cul et ne s’étaient rendu compte de rien. Les « Bah arrête. Déconne pas. Ce n’est pas possible. Depuis quand? » se sont succédés.
Ce fut un grand choc mais nous étions proches. Le choc n’était pas du à l’homosexualité mais au fait que nous deux étions ensemble. Ils ont compris. Ils ont été compréhensifs. Nous leur avions caché la vérité pendant sept années. Nous nous sommes encore plus rapprochés. Ils ont tous été formidables.
Côté famille, ce fut un peu plus douloureux. Pas au début. C’était trop facile. Quelques jours après notre conversation, ma mère m’a annoncé qu’elle ne souhaitait plus recevoir mon amant à la maison. Elle ne serait jamais grand-mère. Elle était bouleversée. Depuis, alors que nous vivons ensemble et partageons le même appartement, elle se voile la vérité. Snooze est un ami, pas mon ami. Elle vit dans le mensonge et rien ne peut l’en faire sortir. En même temps, ce n’est pas facile de sortir d’un foyer monoparental sans oncle, tante, frère ou sœur. Pas de bol sur ce coup.

Nous sommes cependant toujours schizophrènes. Une vie avec la famille et les amis, une autre professionnelle. Nous n’avons pas les mêmes droits que les autres couples. Nous avons le devoir de fermer notre gueule. Nous n’avons pas le droit d’adopter un enfant sans mentir sur notre situation. Nous vivons dans un apartheid social. Cette situation paraîtra absurde dans quelques années. Je suis né dix années trop tôt.

Mais merde, j’ai quand même vachement de chance d’avoir trouvé le bonheur avec Snooze. Nous avons parfois des emmerdes mais nous sommes heureux. Heureux de vivre ensemble, heureux d’avoir des amis si fidèles, heureux d’habiter dans notre chouette appartement et heureux d’avoir un si beau métier. Je vais adopter un chat. Je crois que j’ai encore ce droit (enfin pas certain car Snooze ne va pas apprécier le flingage de l’appartement par une boule de poils à griffes).

Madeleine

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Dimanche après-midi, j’ai pensé à elle. Il faisait beau, j’ai regardé le ciel. Elle est partie le 11 mars dernier. Elle est tombée derrière sa porte. Elle se rendait à Paris. Elle était seule. Elle est morte d’un coup. Elle n’a pas souffert. Elle n’avait plus de famille.
Quelques jours avant, le téléphone a sonné. C’était elle. Je n’ai pas décroché. Je ne souhaitais pas passer des heures avec elle à parler littérature, cinéma, opéra ou politique. Je n’avais pas le temps.
Madeleine était une amie de ma mère. Elle portait les marques de sa vie sur son visage. Elle fumait des longues cigarettes. Sa voix était grave. Elle était fantaisiste et joyeuse. Elle avait été traquée pendant la guerre. La petite juive rousse se cachait dans les caves à Paris avec sa famille. Sa mère et sa sœur étaient mortes lorsqu’elle était jeune. Son père est parti il y a une dizaine d’années. Elle m’a fait découvrir l’opéra. Nous assistions aussi à des récitals. Je me souviens d’une représentation de Kathleen Battle à Bastille. Nous aimions beaucoup cette soprano. Elle chantait alors du Bach,

« Vergnügen und lust
Gedeihen und Heil
Wird wachsen und stärken und laben »

Le plaisir et la joie. C’était tellement beau que je me suis mis à pleurer. Je ne pouvais pas m’arrêter. Je voyais les larmes couler sur mon pull en laine. Des larmes de bonheur et de plaisir. Elle a tourné sa tête vers la droite et m’a souri. Elle pleurait aussi. Nous passions souvent des soirées tous les deux. Nous refaisions le monde. Je conservais comme elle les journaux. Nous étions boulimiques d’information.

Je pense souvent à elle. Pourquoi n’ai-je pas décroché ce putain de téléphone.

Je ne lui ai jamais dit à quel point je l’aimais.

Sentiment étrange (II)

Groovy, Shaggy, Wizz, Rencontre Pas de Commentaire »

Mon quotidien a changé depuis que je participe à l’hôtel des blogueurs. Plus particulièrement depuis que je suis revenu de Saint-Pierre. Entre temps, j’avais demandé à Mimi Zonzon de poster deux messages pour moi. Entrer dans une telle aventure est épuisant. Je n’aimerais pas être à la place de Madame Rossignol et avoir à passer presque tout mon été à gérer un tel projet. Heureusement que Monsieur Merle a été présent pour lui donner un coup de main.
Nous avons reçu nos profils. Je suis Igor, un acrobate en rééducation et Mimi est Neurologue. Je sors dans la vraie vie d’une douloureuse hernie discale et Mimi bosse en Neurologie. Si mon personnage avait eu un cancer, la boucle aurait été bouclée.
Je pensais au départ qu’il suffisait juste de poster un billet journalier afin de permettre des interactions entre les différents pensionnaires. Je me suis inspiré de la personne qui logeait avant moi chambre 12. C’était une pétroleuse du nom de Charlène Lopez.
Nanette a heureusement attribué à Mimi Zonzon une chambre mitoyenne à la mienne. Etre présent à Houlgate en compagnie de Mimi fut une chance. Nous avons pu ainsi exister plus facilement et faire rapidement des rencontres. De la femme de chambre au voisin curieux, de l’envoûtante Tri-Tinh au jeune autiste, tout y passe. C’est la vraie vie en taille réduite.
Des affinités se créent avec d’autres participants. Le jeu devient une drogue. Le mot est bien choisi. On est accro.

On allume son ordinateur le matin. On consulte ses messages, regarde les billets des autres résidents, on entre dans le forum. C’est ce que j’ai fait samedi dernier. J’ai pleuré de rire en lisant le message d’Emilie. Elle expliquait notamment que nous avions retrouvé les couilles de Tri-Tinh dans du formol à la cave. J’imaginais la les têtes des autres lecteurs. Nos textes ne sont pas d’une grande finesse mais on se poile bien. C’est la première fois que je ressens une telle émotion via internet.
Des groupes se forment. Il y a de petites frictions, rien de bien méchant. Je suis heureux de suivre cette aventure avec Mimi. Le fait de se connaître nous permet de nous passer du forum et de créer ainsi un effet de surprise. Il est parfois peu motivant de lire des textes préparés la veille via l’agora. Mais comme le dit Nanette, l’intérêt de l’expérience porte tout autant sur le processus d’écriture et de construction du récit que sur la fiction elle-même. C’est la règle du jeu et nous devons la suivre.
Je suis également très content de vivre l’histoire avec Tri-Tinh Wan-Seng. Elle/il réagit rapidement, a énormément d’humour et trouve des photographies délirante qu’elle/il ajoute certainement avec délectation à ses billets. J’espère qu’elle/il possède un blog et ai vraiment hâte de la/le lire. Nous décrivons aujourd’hui un affrontement entre nos deux personnages. Mais l’amour est plus fort que tout. Je me demande bien qui se cache derrière.

Le 15 septembre, l’hôtel fermera ses portes. Je suis triste à l’avance. J’aime ces interactions. J’aime aussi être lu et commenté. C’est très stimulant, excitant et grisant à la fois. J’en garderai un souvenir ému. Madame Rossignol souhaitait diffuser les noms des vacanciers ainsi que les adresses de leurs blogs respectifs. Je lui ai demandé de ne pas publier cette adresse. Elle a gentiment compris et accepté ma requête. La mère Rossignol, elle a la classe, pas comme cette grosse vache de Charlène. Un des objectifs de ce jeu était certainement l’échange entre les différents participants. Il y a en plus de la complicité, de la passion et beaucoup d’humour. Le pari est plus que réussi. Merci Madame Rossignol. Merci pour tout.

Sentiment étrange (I)

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J’ai parfois le sentiment d’être prisonnier: Il y a presque deux ans, j’ai fait une minuscule dépression. Avant cela, je ne pouvais pas comprendre Snooze. J’étais vidé. Je n’avais plus d’avenir. Je n’avais plus d’envie. J’étais triste, je n’avais plus de sentiment, et surtout, je ne savais pas pourquoi. Je me souviens avoir le cul sur le canapé, immobile, avec un regard de zombie fixant le mur en face. Snooze a trouvé les coordonnées d’un psychiatre dans le bottin en urgence. J’ai eu un rendez-vous dans la journée.
Seulement, je ne savais pas que ce genre de trouble ne pouvait pas être réglé rapidement. On ne peut pas prendre un comprimé et se sentir immédiatement mieux. Le médecin peut bien entendu prescrire une benzodiazépine ou même un anti-dépresseur. Les effets ne sont malheureusement pas instantanés. J’ai découvert que la psychiatrie n’était pas une médecine d’urgence.
Au fil des rendez-vous, mon état s’est amélioré. On sent quand cela va mieux. J’avais l’impression de vivre sur une balance. Je sentais alors que j’étais au milieu, en équilibre. La mauvaise période était derrière moi mais je sentais qu’un rien pouvait me faire basculer du mauvais côté. J’étais prudent. J’évitais toute tension. Au bout de deux mois, mon médecin m’a proposé de passer d’une thérapie à une analyse. J’ai accepté. Intellectuellement, j’étais tenté par cette nouvelle expérience. J’avais alors rendez-vous trois fois par semaine. J’en ai beaucoup discuté avec mon boss. Il a été d’un grand soutient.

J’ai parfois l’impression d’être prisonnier: C’est ce que j’ai découvert au début de l’analyse. Je suis prisonnier du temps, de mes obligations professionnelles, et de mon entourage. Je suis prisonnier de mon entourage. C’est bien plus qu’une forte impression. C’est certainement un choix. Je me sens responsable de ma mère et de ma grand-mère. Je suis enfin passé de l’autre côté, on l’on devient l’assistant, et plus l’assisté. Je me sens des responsabilités. Je souhaite qu’elles soient heureuses. Les appeler au téléphone ; descendre voir ma grand-mère en Auvergne, avoir des projets en commun. La vie sans famille est dure. Je n’ai pas de frère, de sœur, d’oncle ou de tante. Mon foyer est monoparental.
Je me force à aller déjeuner le dimanche midi chez ma mère. Je me force. C’est égoïste. Je devrais être heureux de passer quelques temps avec elle mais ce sentiment est en permanence gâché par le caractère répétitif et obligatoire de la situation. J’ai installé le rite du déjeuner dominical et je dois l’assumer maintenant. J’échappe quelques fois au rituel. Je sens alors que je la blesse. Ma mère m’a pourtant toujours affirmé ne jamais être possessive comme sa belle-mère. C’est un échec.

Dimanche dernier, j’ai déjeuner avec ma mère. La matinée est vite passée. J’ai pris mon vélo. Je me suis changé les idées. Nous avons discuté. J’avais ensuite rendez-vous avec Snooze, Alexandre, Caroline et Jérôme au loup blanc. Leur brunch s’est écourté et nous nous sommes finalement retrouvés face au centre Pompidou. Nous avons terminé à la maison. J’étais très heureux de les revoir.

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